(Article coup de gueule écrit il y un an. Ré-écrit en avril 2017 d'une façon qui je l'espère génèrera des commentaires moins négatifs que sa première mouture et qui, je l'espère aussi, témoignera d'une jolie évolution de mes compétences à transmettre mes réflexions, avec le regard critique qui est mien mais avec bienveillance.)
"Little boxes on the hillside
Little boxes made of ticky-tacky
Little boxes on the hillside
Little boxes all the same
There's a green one and a pink one
And a blue one and a yellow one
And they're all made out of ticky-tacky
And they all look just the same"
Il y a des blogs que je suis fidèlement, d'autres sur lesquels je papillonne et d'autres que je vois passer par le biais de partages divers ; et ces derniers temps je fais un constat qui me titille un peu.
Bon,
on aura tous compris qu'après le buzz Steiner et le buzz Montessori,
on est en train d'assister au buzz Reggio.
Reggio c'est cool, c'est ok, c'est bad, c'est in.
Reggio c'est cool, c'est ok, c'est bad, c'est in.
Alors
forcément, les articles reggio se multiplient et ce qui me chagrine,
c'est la façon dont c'est présenté. Et perçu apparemment.
Pourquoi ?
Tout le monde insiste bien sur le fait que Reggio c'est super libre, que ce qui compte c'est l'enfant, son projet, son cheminement, etc. J'ai pourtant l'impression que pour beaucoup de gens, Reggio = des miroirs, des looses parts et une table lumineuse (quand ce n'est pas une activité de type Montessori mais présentée librement qu'on estampille reggio). A force, je me dis que la caricature n'est pas loin ; et bien que je ne me revendique aucunement experte de cette pédagogie (ni d'aucune autre d'ailleurs), j'avais envie de vous en parler.
Tout le monde insiste bien sur le fait que Reggio c'est super libre, que ce qui compte c'est l'enfant, son projet, son cheminement, etc. J'ai pourtant l'impression que pour beaucoup de gens, Reggio = des miroirs, des looses parts et une table lumineuse (quand ce n'est pas une activité de type Montessori mais présentée librement qu'on estampille reggio). A force, je me dis que la caricature n'est pas loin ; et bien que je ne me revendique aucunement experte de cette pédagogie (ni d'aucune autre d'ailleurs), j'avais envie de vous en parler.
Eveil
musical avec les pieds et auto-portrait
|
La première chose qui me chipote c'est : comment on s'y prend avec ce fameux matériel "reggio".
Déjà, il ressort de mes lectures un sentiment de matérialisme assez prégnant, quand je vois défiler des parents qui sont près à crever leur porte monnaie et qui passent un temps fou à éplucher les catalogues de chez Hoptoys et consors pour acheter ZE matériel. J'ai le sentiment que les pédagogies alternatives sont parfois vues plus comme une affaire de matériel que d'état d'esprit (FAQ #1: "t'as acheté ça où?"). Or c'est l’état d'esprit qui me semble primordial.
Par exemple : faire importer des « cubes Waldorf » en bois ou
des coquillages pour faire des loose parts à ses enfants sans jamais
avoir pris le temps de mettre des bottes en caoutchouc et d'aller en
forêt chercher ce qu'on trouve à côté de chez nous.... C'est dommage, non ?
| Nourrir les oiseaux avec la cabane que l'on a monté avec Papi |
De plus, la plupart du temps on a pas le sentiment que ce sont les enfants eux-mêmes qui ont fait leur stock de loose parts et je trouve ça regrettable. C'est quand même autre chose de les impliquer dans la composition de ce stock en leur permettant d'aller chercher "in situ" ce qui leur parle que de se contenter de leur apporter des trucs achetés sur un plateau. "Trucs" dont certains parents regrettent qu'ils soient au final boudés par leurs enfants.
D'ailleurs,
pour que ce soit vraiment
Reggio
à mes yeux, on ne devrait même pas sortir pour aller chercher des
trucs. On devrait juste sortir et si l'enfant se met à ramasser
des trucs, ce qui signifie qu'il / elle a un intérêt pour les trucs
en question alors là on peut les ramener à la maison pour faire
quelque chose avec. Voir on peut faire quelque chose avec dehors.
Et
si on veut des cubes en bois on peut très bien sélectionner des
branches ou des bûches avec les enfants, les ramener, si ils sont en
âge, leur apprendre à scier, ou leur montrer comment on fait, les
laisser choisir la taille, le diamètre, et ensuite seulement, ça
arrive dans le panier à loose parts. Et là les cubes ils ont un
sens, un vécu et ils sont les témoins d'un projet.
Et bien sûr on peut ne rien faire de tout ça mais là où je veux en venir c'est que l'objet matériel n'est que l'infime partie d'une démarche qui est libre et ouverte. Et c'est cette démarche qui compte.
Ça compte tellement qu'en reggio, cette démarche est filmée, photographiée, notée, reproduite, commentée et affichée tout autant que le résultat final !
La question qui me semble primordiale c'est : Quel sens ça a pour eux ?
Qu'est-ce que j'ai raté ? Comment faire pour que mon enfant s'y intéresse ? Quelle chance elles ont les autres mamans que leurs enfants fassent des choses si merveilleuses !.
Ça, ce n'est pas une invitation, c'est une incitation non formulée.
Et c'est pire ! Si on a une attente, autant la formuler honnêtement.
Et bien sûr on peut ne rien faire de tout ça mais là où je veux en venir c'est que l'objet matériel n'est que l'infime partie d'une démarche qui est libre et ouverte. Et c'est cette démarche qui compte.
Ça compte tellement qu'en reggio, cette démarche est filmée, photographiée, notée, reproduite, commentée et affichée tout autant que le résultat final !
La question qui me semble primordiale c'est : Quel sens ça a pour eux ?
Alors le nouveau vocabulaire à la sauce reggio c'est : je n'incite pas, j'invite. Je
mets des trucs dans un plateau à disposition libre et là : magie,
mon enfant fait des choses avec !
Sauf que,... quand on invite, en espérant que son enfant il va faire les mêmes trucs que l'enfant de la maman du blog, on incite sans oser le faire.
Sauf que,... quand on invite, en espérant que son enfant il va faire les mêmes trucs que l'enfant de la maman du blog, on incite sans oser le faire.
Qu'est-ce que j'ai raté ? Comment faire pour que mon enfant s'y intéresse ? Quelle chance elles ont les autres mamans que leurs enfants fassent des choses si merveilleuses !.
Ça, ce n'est pas une invitation, c'est une incitation non formulée.
Et c'est pire ! Si on a une attente, autant la formuler honnêtement.
Je
ne fustige pas l'utilisation des miroirs, des loose parts et d'une
table lumineuse. Honnêtement,
j'en ai depuis un bout de temps (pour moi ^_^). Ce que je regrette c'est ce sentiment que j'ai qu'on limite reggio à ça et à ce qu'on
doit faire avec.
Quand j'ai construit ma table lumineuse, le seul truc qui a intéressé
ma fille c'était de la démonter pour voir la guirlande lumineuse
que j'avais mis dedans. Et moi comme une andouille j'ai tout fait
pour qu'elle arrête parce que je voulais qu'elle fasse des mandala
en mosaïque avec sa table lumineuse. Mais laisser l'enfant démonter
la table lumineuse parce qu'il/elle veut comprendre comment ça
fonctionne ou simplement parce que la guirlande lumineuse c'est
devenu son grand kiffe et que c'est ça qu'il/elle a besoin
d'observer et de manipuler et peut-être inventer lui même sa table lumineuse : ça c'est reggio à mes yeux
aujourd'hui.
La
deuxième chose qui me chipote c'est que j'ai le sentiment qu'on
retrouve tout le temps les mêmes gimmick (avec des variantes,
certes). C'est sensé être une pédagogie tellement libre que
beaucoup ont du mal à la saisir alors qu'au final, tout le monde
fini par faire la même chose avec le même matériel.
J'ai parfois l'impression qu'on tourne (déjà !) en rond à propos de reggio
alors que précisément, ce devrait être une pédagogie qui laisse
la place à une infinité de propositions.
Dessiner
sur maman et sur soi-même
|
Je vais donner ici ce que j'appelle un "bon" exemple, celui d'Elsa Coquelipop qui est LA maman qui m'a fait découvrir Reggio (comme à beaucoup d'entre nous). L'exemple qui me vient à l'esprit c'est le livre sur les émotions qu'elle a créé avec ces enfants.
Ici :
c'est une merveille allez-y voir.
Là,
ça part d'un intérêt familial, ce sont les enfants qui ont réalisé
le livre ou qui ont assisté à sa réalisation du début à la fin,
multipliant les étapes, les degrés d'implication, les activités,
ça pour moi c'est un vrai projet d'inspiration reggiane, bien plus
qu'un enfant qui a fait une construction avec des miroirs sur une
table lumineuse. Et en plus ce livre il a une histoire et il est
entré dans l'histoire de la famille.
Soit dit en passant, le mot "projet" me semble bizarrement assez souvent absent des articles "reggio" alors que - arrêtez moi si je me trompe - c'est avant tout une pédagogie de.... "projet".
Soit dit en passant, le mot "projet" me semble bizarrement assez souvent absent des articles "reggio" alors que - arrêtez moi si je me trompe - c'est avant tout une pédagogie de.... "projet".
Faire
germer des graines...
|
...
Qui viennent de notre garde manger.
|
100 langages de l'enfant, des dizaines d' "intelligences" à exploiter... C'est quand même dommage de se limiter autant, non ?
Le
truc de Minimog c'est le spectacle. La danse, chanter, jouer, se
déguiser, mimer... Et j'ai rangé mes plateaux de loose parts et je lui ai fait une estrade. Cette estrade c'est le début de quelque chose qu'elle
va construire, imaginer, inventer, renouveler, ouvrir, sans cesse.
Quelque chose d'intangible et pourtant de bien réel qui
sollicitera son potentiel sur bien des points.
Ce constat sur Reggio m'amène d'ailleurs à partager avec vous un sentiment que j'ai depuis 3 ans
maintenant que je fréquente la blogosphère des pédagogies
alternatives : ce besoin que des tas de parents ont de suivre un modèle plutôt qu'une inspiration.
La distinction que je fais entre inspiration et modèle est de savoir dans quelle mesure cela entre dans les besoins de vos enfants et dans quelle mesure c'est en accord avec ce que vous êtes, ce que vous avez à proposer.
"De quoi mes enfants ont envie et qu'est-ce que j'ai à leur transmettre qui n'appartient qu'à moi ?". Si pour répondre à cette question, on trouve des connections avec telle ou telle pédagogie alors c'est une formidable source d'inspiration.
La distinction que je fais entre inspiration et modèle est de savoir dans quelle mesure cela entre dans les besoins de vos enfants et dans quelle mesure c'est en accord avec ce que vous êtes, ce que vous avez à proposer.
"De quoi mes enfants ont envie et qu'est-ce que j'ai à leur transmettre qui n'appartient qu'à moi ?". Si pour répondre à cette question, on trouve des connections avec telle ou telle pédagogie alors c'est une formidable source d'inspiration.
Mais si on suit un modèle sans partir de l'enfant
mais en souhaitant que l'enfant aille vers ce modèle, alors on tombe dans les mêmes poncifs que l’instruction classique : on fait du stéréotypage, voire même du conditionnement, sauf qu'on fait du conditionnement Montessori, Steiner, Freinet, Mason, ou pseudo
Reggio au lieu de justement libérer les
enfants des conditionnements habituels auxquels on essaye d'échapper.
Spectacle
de danse improvisée à la maison de retraite avec
des bandages en guise de rubans
|
Ces
outils, ces partages, ces échanges, ces idées, c'est génial. Merci
internet, merci les super mamans, merci pour toutes ces belles
expériences que l'on n'aurait jamais vécu sans vous. Mais si ça
n'entre pas dans une démarche qui nous reste fondamentalement
personnelle, alors je crois vraiment qu'on vise à côté.
"Pensez-vous que je pourrais proposer cette activité à mon fils de 18 mois ?"
Qui est la maman de cet enfant ? Qui est à même de l'observer et de voir si cela entre dans son intérêt, sa sensibilité du moment et ses compétences ?
La maman ou Maria Montessori, ou la maman du blog ?
N'attendons pas des recettes toutes prêtes, du prêt-à-consommer estampillé "bienveillance".
Ayons confiance en nous !!! (et en eux... toujours)
"Pensez-vous que je pourrais proposer cette activité à mon fils de 18 mois ?"
Qui est la maman de cet enfant ? Qui est à même de l'observer et de voir si cela entre dans son intérêt, sa sensibilité du moment et ses compétences ?
La maman ou Maria Montessori, ou la maman du blog ?
N'attendons pas des recettes toutes prêtes, du prêt-à-consommer estampillé "bienveillance".
Ayons confiance en nous !!! (et en eux... toujours)
Juste.....
Vivre !
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Quoi ?
C'est pas ce que vous attendiez d'un article qui s'intitule "Reggio"
?
Hey,
c'est moi qui l'ait écrit ! What did you expect ?























