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lundi 27 mars 2017

De la bienveillance à l'enfant roi - Faudrait pas confondre....

Vous vous rappelez de cette période ignoble avec Minimog, qui m'avait conduite à la fameuse gifle ? (Non ? Ben moi si figurez-vous ^-^!)
Cette période dantesque où chaque minute passée avec ma fille était une suite ininterrompue de crises et de colères et qui m'avait amenée à plein de situations où je m'étais jurée de ne jamais arriver, tant au niveau du comportement, que des solutions à apporter. Forcément, cette période fut pour moi l'occasion d'une grosse remise en question de ma façon d'éduquer ma fille et des rapports et relations que j'entretenais avec elle et je fus bien obligée de constater que, si je clamais haut et fort que la bienveillance éducative, c'était pas l'enfant roi, j'avais néanmoins commis quelques erreurs qui m'avaient bel et bien fait basculer de ce côté !

J'ai longtemps eu envie de partager le fruit de cette introspection sans jamais trouver le chemin des mots. Le chemin s'est éclairé on dirait.
Il faut dire que ce fut un travail de plusieurs mois, qui est venu s'alimenter à différentes sources (DONT le livre du Continuum, je vous préviens vous allez en re-re-re-manger - les citations utilisées dans cet article en sont toutes issues)

Je vous propose aujourd'hui un petit listing de confusions histoire d'alimenter votre réflexion sur la question.
Alors je vous préviens, cet article est LONG, très long. Et je sais à quel point il n'est pas facile de lire de longs articles sur un écran. Mais je n'ai pas réussi à le découper tant pour moi tout est lié et participe d'une même idée que je ne me voyais pas vous transmettre autrement qu'en une fois. Libre à vous de lire chapitre par chapitre ou d'une traite si vous en avez le courage ;-)

Bref, à mon humble avis
Faudrait pas confondre :

Offrir des choix et laisser l'enfant décider de tout :

Rendre à l'enfant les rennes de sa vie.
Pour se faire, un parent qui pratique l'éducation bienveillante veille à laisser un maximum de choix à l'enfant en ce qui le concerne.
Mais laisser des choix ne veut pas dire demander son avis à l'enfant pour tout ce que l'on fait.

A un moment donné, pour chaque geste du quotidien, je demandais quasiment la permission à ma fille :
"On va s'habiller ?"
"On y va ?"
"On va manger?"
J'ai remarqué un jour que toutes mes phrases "directives" finissaient par "d'accord?" : "On va au parc mais d'abord je vais aux toilettes, d'accord?"

Pour moi c'est très pernicieux.
D'une part parce que, en gros, c'est l'enfant qui valide l'emploi du temps du parent en plus du sien (les deux étant souvent liés).
D'autre part parce que, ce n'est pas toujours honnête. Ces questions, ces choix que l'on offre, n'en sont pas toujours réellement.

Je vous donne un exemple.
Irène a prévu de passer l'après midi chez une amie dont le fils Joseph, s'entend très bien avec Jesabeth, sa fille. Elle doit partir à 16h pour honorer un rendez-vous. L'après midi se passe bien, les enfants jouent et à 16h00, Irène va voir Jesabeth:
"On y va ma puce?
- Non !
- Mais je dois aller à mon rendez-vous.
- Je veux pas y aller !
- Non allez ! On met le manteau ? Ou tu préfères mettre les chaussures d'abord ?
- Rien !!!
- Mais je vais être en retard !!
- Encore 5 minutes !
- Bon ok...
[7.5 minutes après]
- Ça fait 5 minutes, allez, on y va ma puce ? 
- Je reste ici moi, vas y sans moi.
- Allez, on met les chaussures ?
- Non !
- Bon ben j'y vais...
- ok à plus maman.
- Bon allez tu viens ? on y va ?"
Etc.
Ça dure des plombes, et Irène se retrouve petit à petit dans une situation où elle justifie sans fin sa décision auprès de sa fille et elle tente par tout les moyens de la convaincre de décoller parce que, sous prétexte de ne pas la brusquer, elle ne bougera pas sans son aval. Et bien sûr elle arrive en retard à son rendez-vous.
Une situation où sous prétexte de respecter Jesabeth, en ce disant qu'elle ne veut pas imposer sa décision mais obtenir la collaboration de sa fille, Irène ne se respecte pas et ne respecte pas la personne auprès de laquelle elle s'est engagée. Et ce n'est pas non plus respectueux de Jesabeth parce que, en vrai, de par son engagement, le choix, il n'existait pas et Irène fait peser sur sa fille le poids d'une décision qui lui échappe dès le début, ce qui est malhonnête.

Je vous donne cet exemple mais ce genre d'habitude peut ponctuer le quotidien.
Ce n'est pas parce qu'on a pas un rendez-vous urgent que l'on a pas la légitimité de poser des jalons.

J'ai souvenir pour ma part d'avoir passé 20 minutes minimum tous les soirs en rentrant de chez la nounou pour attacher ma fille dans la voiture. Après ma journée de travail, alors que j'avais la tête comme un ballon, je la laissais jouer dans la voiture, puis je négociais des plombes pour qu'elle accepte de venir dans son siège, puis je négociais des plombes pour qu'elle accepte de se laisser attacher. C'était épuisant et j'avais la sensation de perdre un temps fou alors que les soirées étaient déjà assez "timées" comme ça. Quand j'ai voulu revenir là dessus, il m'a été très difficile de faire comprendre à ma fille que je m'ennuyais à mourir et que ça me stressait quand on restait devant chez sa nounou et qu'elle jouait dans la voiture, puisque j'avais toujours agi comme si c'était quelque chose que j'acceptais. Encore une fois : je n'étais pas honnête et je ne me respectais pas.
Aujourd'hui nous allons au parc ou en promenade en sortant de chez la nounou et je mets une limite de temps dès le départ selon l'heure et le besoin du moment. Je respecte son besoin d'avoir un sas de décompression avant de rentrer, ça me fait du bien aussi, à Raoudi aussi, nous nous amusons ensemble, on se reconnecte, pendant les beaux jours on côtoie aussi d'autres gens, on prend l'air, tout le monde est content.

La bienveillance ne nous oblige pas à tout négocier, tout marchander avec nos enfants.

On est pas forcé non plus de tout justifier auprès de nos enfants.
La question avait été posée lors d'une conférence animée par une psy haptonome que j'apprécie beaucoup et sa réponse avait été : "Non, en tous cas pas avec les plus jeunes, car ça leur donne le goût de la discussion. C'est comme ça, c'est tout".
Provoquer le gout de la discussion, j'en suis témoin. Je peux vous dire qu'en effet, Minimog discute et négocie à peu près tout (et elle est particulièrement douée pour ça!). Néanmoins, cette idée du "C'est comme ça, c'est tout", j'étais pas fan. J'en ai parlé lors d'une séance privée avec cette même psy en lui disant que pour moi, c'était important que l'enfant comprenne pourquoi on lui demande de faire telle ou telle chose et qu'il/elle y adhère de son plein gré, que pour moi "C'est comme ça, c'est tout" c'est un peu "Tais toi et obéis". Elle m'a dit "Non, c'est plutôt [elle pose sa main sur mon épaule et me regarde dans les yeux en me souriant] : "Fais moi confiance". Je me suis dit en tous cas que rien ne servait de justifier tout tant que l'enfant ne questionne pas. Ce qu'ils font rarement avant quelques années en fait. Parce que parfois, l'enfant adhère de lui-même, parce que oui, il/elle nous fait confiance.

Et puis on peut poser des jalons sans les imposer par la force et de manière unilatérale. 

Reprenons l'exemple du début avec une solution bienveillante qui garde chacune des protagonistes dans son juste rôle, ne pousse pas à négocier et respecte tout le monde.
Irène [pendant le repas] - nous allons chez mon amie cet après-midi, tu verras son fils Joseph, tu te souviens de lui ? [blabla]. Par contre j'ai un rendez-vous après, nous devrons partir à 16h.

Irène [à 15h50] - Et ben, Jesabeth, Joseph vous vous amusez drôlement bien ! Chérie, nous n'allons pas tarder à partir pour mon rendez-vous, il vous reste 10 minutes pour finir votre jeu.

Irène [à 16h] - Jesabeth, nous devons y aller !
Jesabeth -Non ! J'ai pas envie !
Irène - C'est difficile de partir quand on s'amuse bien. Je vois avec plaisir que tu t'entends à merveille avec Joseph, il faudra revenir plus souvent.
Jesabeth - Mais je veux rester un peuuuu! Sitôpléééé!
Joseph - Sitôplléééééééé !
Irène - Je te rappelle que j'ai pris un engagement, je tiens à le respecter, nous devons partir maintenant. Joseph, si ta maman est d'accord, ça te dirait de venir chez nous la semaine prochaine ?
Joseph et Jesabeth - Oh oui !
Irène - Ok, on en reparlera avec ta maman.
etc.

Ne pas employer la négation et ne rien refuser

Ça parait bête mais : ne pas dire "non" à l'enfant, cela ne veut pas dire, dire "oui" à tout. 
On conseille de ne pas employer la négation parce qu’apparemment, le cerveau d'un enfant ne sait pas la gérer. Mais on parle bien de la forme et pas du fond.
Remplacer "Ne va pas là-bas" par "On reste ici" : la limite reste la même, c'est la façon de la poser qui est différente.

Oups, pardon, j'ai employé le mot "limite". Houlààààà tabouuuuuu !
Et pourtant, mes excuses mais, des limites, il en faut. Alors on pourra appeler cela un cadre, des règles, des consignes, mais tout cela comporte.... des limites.

Qui parle de limite parle aussi de liberté. Personnellement, j'ai pendant longtemps été quasi obsédée par l'idéal de laisser ma fille la plus libre possible. Et à force, je me demandais si on pouvait réellement laisser trop de liberté à un enfant.

On m'a dit que donner trop de liberté, trop de pouvoir de décision, pas assez de limites : c’était angoissant pour un enfant. Je ne comprenais pas pourquoi. C'est un extrait du concept du continuum qui m'a offert un angle de vue bienveillant sur l'importance des limites face à cette overdose de liberté.

"La permissivité prive constamment les enfants de la notion d'une vie centrée sur l’adulte où ils pourraient trouver la place qu'ils cherchent, où leurs actions seraient acceptées et leurs actions indésirables rejetées, alors qu'eux-mêmes seraient toujours acceptés [...] un enfant cherche à savoir ce qui est bien et ce qui est mal. S'il casse une assiette, il a besoin de constater une certaine colère ou tristesse vis-à-vis de cette destruction, mais pas de se voir baisser dans l'estime de ses parents - comme si lui-même n'était pas assez triste ou fâché contre lui, et comme s'il n'avait pas pris de lui-même la décision d'être dorénavant plus prudent.

Ensuite, si les parents "patients" ne peuvent plus tolérer son comportement, il est possible qu'ils refoulent toute leur passivité sur leur propre enfant en lui disant par exemple qu'ils en ont assez de lui et qu'il doit disparaitre de leur vue. Son comportement antérieur toléré était en fait mauvais ; ses parents avaient déguisés leurs sentiments mais finalement la méchanceté irrémédiable de leur enfant les a obligé à avouer leur désapprobation."

On en revient à cette histoire d’honnêteté. Même les parents les plus cool ne peuvent tolérer que leur enfant fasse tout ce qu'il veut. Ne pas lui inculquer de limites et tolérer toutes ses actions est un mensonge envers l'enfant et envers nous-mêmes. Et quand la vérité éclate - souvent quand la coupe est pleine - nous sommes nombreux à - a contrario - user d'une violence psychologique ou physique que pourtant nous rejetons mais que nous ne maitrisons plus.

De plus, le rôle du parent est d"éduquer. Éduquer l'enfant c'est lui apprendre à vivre dans le monde. Or, dans le monde, on est pas tout puissant.
Faire croire le contraire à l'enfant, ce n'est pas bienveillant. La bienveillance se situe dans la façon - positive, constructive, autonomiste - dont on va amener l'enfant à sentir les bords du cadre.

Envie et besoin

C'est une distinction qu'il n'est pas toujours facile d'opérer, surtout avec un jeune enfant. Et pourtant elle a son importance. Pour illustrer mon propos je vais reprendre Irène en m'inspirant d'un fait réel dont j'ai eu connaissance.

Irène a deux enfants, Jesabeth l'aînée de 4 ans et Joseph le cadet de 18 mois qui souffre de problèmes de santé nécessitant une assistance particulière. Un jour Irène avoue à ses copines qu'elle ne mange presque plus. Lors des repas elle assiste Joseph mais en plus Jesabeth veut que sa maman lui donne à manger. Si bien qu'elle n'a pas le temps de manger elle même pendant les repas et quand elle le peut enfin, elle est tellement épuisée qu'elle n'arrive plus à rien avaler. Mais Irène dit qu'elle doit répondre aux "besoins" de ses enfants.
Sauf que... Jesabeth à 4 ans, elle n'a pas besoin qu'on lui donne à manger, elle en a envie. Irène par contre, a besoin de manger. D'autant que sa vie de maman lui prend beaucoup d'énergie.
Faut-il pour autant considérer l'envie de Jesabeth comme un caprice ? Non, cette envie cache sûrement un besoin profond : vraisemblablement celui d'avoir un peu sa maman pour elle, elle qui est si prise avec ce petit frère qui demande tant d'attention. Mais ça, Irène peut y répondre autrement. en trouvant une solution qui, encore une fois, permet à chacun de rester dans son rôle et qui peut même valoriser Jesabeth en tant que "grande" plutôt que de la conforter dans ce rôle de faux bébé assisté dans lequel elle s'est mise pour obtenir l'attention de maman. Ce faisant, Irène pourrait montrer à Jesabeth qu'elle aime sa fille pour ce qu'elle est, sans qu'elle devienne un ersatz de son petit frère.
Et puis une chose est certaine, Jesabeth n'a pas besoin d'un assistant pour manger mais elle a besoin d'avoir une maman en bonne santé et heureuse à ses côtés. 

A trop vouloir répondre aux envies de nos enfants on peut passer à côté du besoin réel dont elles sont l'expression. 

"les enfants consacrent énormément d'énergie à essayer d'attirer l'attention mais pas parce qu'ils en ont besoin en tant que telle. Ils veulent signaler que leur expérience est inacceptable et pour y remédier, essaient d'attirer l'attention.[...] une attention parentale qui engendre des signaux plus nombreux et plus intenses chez l'enfant est donc une forme d'attention tout à fait inadéquate"

Être disponible et être à disposition

Dans le Concept du continuum, Jean Liedloff explique que les mamans Yekwanas vivent leurs occupations, que leurs enfants vivent leurs vies, et que ces derniers ne sont pas toujours dans leurs pattes car ils savent pouvoir compter sur leur disponibilité quand ils en ont besoin.

Mais être disponible ne veut pas dire être à disposition permanente.

Je suis tombée moi-même dans ce travers qui faisait que, en présence de ma fille, j'interrompais tout dans la seconde pour répondre aux moindre de ses besoins/envies. 

Un exemple flagrant, c'était les conversations entre adultes. Je me rappelle avoir lu dans un témoignage de Deirdre Bergeron que son père interrompait toujours ses conversations avec les autres adultes quand un enfant le sollicitait. Elle disait d'ailleurs que ça agaçait les gens. Je faisais pareil.... Et j'ai fait marche arrière depuis.

D'une part parce que, en effet, ce n'est pas respectueux de la personne à qui on parle. J'ai eu l'occasion à mon tour d'avoir une discussion, parfois d'importance, avec un parent qui s’interrompt brutalement à chaque sollicitation de son enfant, même quand on est au milieu d'une phrase ou qui se laisse tellement sur-solliciter qu'il essaye d'être avec vous et avec lui/elle et au final n'est vraiment avec personne: on se sent assez vite agacé et diminué (un peu comme quand on vous "écoute" en bidouillant son portable...).
Ensuite parce que, dans l'idée de donner à l'enfant sa juste place, il y a une marge entre "tu es moins important que les autres" et "toi seul est important".
Je constate que, Minimog ayant eu l'habitude que tout s'arrête pour elle, si je ne réponds pas de suite à sa demande, elle envahit la conversation, et elle n'hésite pas à nous couper la parole dès qu'elle a besoin du moindre truc... 

Désormais quand ma fille me sollicite, je laisse le temps à la personne en face de finir ou à moi de finir ma phrase, je m'excuse auprès de mon interlocuteur, je reçois le message de ma fille, j'y répond  ou si quelqu'un d'autre est plus disponible je lui dis ("je discute avec Charlie, tu peux aller voir papa") ou je remets à plus tard ("je discute avec Charlie, je ne suis pas dispo. Je vois que c'est important pour toi. On prendra le temps d'en reparler à la maison" - rarement quand même, à son âge, "plus tard"... c'est tendu). Si elle veut jouer avec moi je lui dis que je ne suis pas dispo et lui demande de trouver une occupation qu'elle peut faire seule, sans forcement lui demander d'aller ailleurs.
Idem si je fais à manger ou autre chose.
Je prends le temps d'être avec elle et de répondre à son besoin mais sans me laisser déborder ni envahir. C'est aussi un pas vers son autonomie.

J'ai toujours passé beaucoup de temps à jouer avec ma fille. A la base, il n'y a rien de mal : jouer ça fait du bien, et prendre le temps de jouer avec ses enfants c'est bénéfique pour eux. Sauf quand on ne fait que ça. Autant il faut savoir laisser parfois de côté les tâches ménagères pour aller sauter dans les flaques avec ses enfants, autant j'ai pendant 2 ans donné à ma fille l'habitude que quand on est ensemble ma priorité était de jouer avec elle. Je ne me flagelle pas pour ça : après des débuts difficiles où je l'ai fui, j'avais besoin qu'elle sente que j'aimais passer du temps avec elle. Temps qui, avec mon ancien emploi était restreint, aussi je voulais en profiter à fond. Mais il n'empêche que pendant longtemps, elle ne savait pas jouer sans moi et préférais souvent jouer avec moi qu'avec d'autres enfants. Je pensais que c'était dû aussi à son âge, mais Raoudi, qui est un "bébé-continuum" (^_^) est différent : bien plus autonome de ce point de vue - quand il a pris sa dose de maman, il joue de son côté malgré son jeune âge... Plus que sa grande sœur en fait.
Sur les conseils de ma psy hapto, dès ses premiers mois, j'ai modéré mon maternage en hésitant pas à le porter, à répondre à ses appels, sans laisser pleurer, mais en lui laissant aussi des moments de pause où visiblement il était très bien tout seul. Je l'ai pris à des conférences où il restait posé dans un siège ou sur un tapis à regarder, entendre, toucher, sans me jeter un regard et j'étais en confiance. Mais dès qu'il m'appelait, je revenais vers lui. Je constate aussi l'équilibre et la confiance que cela a créé en lui et j'espère garder cela longtemps..

Il faut aussi savoir accepter la frustration de l'enfant.
Une amie m'a permise de partager un bout de la discussion que nous avons eu récemment. Elle travaille à la maison et m'expliquait que parfois, elle laisse sa fille s'occuper dans son bureau à condition qu'elle ne la gêne pas. Mais que souvent, elle finit par la solliciter pour de l'aide ou autre chose.
- Alors je lui dis que je ne suis pas disponible et qu'elle doit s'occuper seule. Elle finit par accepter.
- Super.
- Oui mais de mauvaise grâce.
- Évidemment ;-)..... Et alors ?
- Ben.... Je culpabilise.
- Ben.... Faut pas !

Une chose importante : arrêtons de vouloir que nos enfants soient toujours heureux.
La vie n'est pas un champ de fleurs, et c'est ce qui la rend si belle. Il faut avoir de mauvais moments pour apprécier les bons. Il faut expérimenter le manque d'une personne pour apprécier sa présence.
C'est. pas. grave.
Un enfant qui accepte de mauvaise grâce est un enfant qui accepte. Ça l'embête peut-être mais ça ne veut pas dire qu'il ne comprend pas.
J'ai d'ailleurs un peu vanné ma copine en lui rappelant que je la sollicitais plusieurs fois par an pour la voir et qu'elle répondait par la positive assez rarement et que c'était très frustrant pour moi. "Pour autant tu ne sautes pas dans ta voiture pour venir me voir sous prétexte que je vais être déçue  ! ;-)". A chaque fois je suis déçue, oui, mais je connais ses raisons et j'ai choisi de les respecter. C'est la vie.

La bienveillance c'est d'accepter que l'enfant soit contrarié, de lui laisser l'opportunité de l'exprimer et de lui monter qu'il est pris en considération.
" Ma chérie, je dois finir un travail important et j'ai besoin de calme. Tu as le choix : soit tu finis ton ouvrage seule, soit tu tiens à le faire avec moi, dans ce cas il faudra attendre que je sois disponible. Après manger par exemple".
Les enfants n'ont pas besoin qu'on réponde à tous leurs besoins. Ils ont besoin de se savoir entendus et respectés.

Etre à l'écoute des émotions de l'enfant et être à l'affut du moindre signe pour anticiper sur des besoins non exprimés.


J'entends par là bondir à chaque fois que l'enfant manifeste un malêtre et surtout anticiper sur ce dont il pourrait avoir besoin.

Exemple : pendant cette grosse phase de remise en question, on est dans la voiture, tout à coup Minimog chouine un coup dans mon dos et je m'entends dire du tac au tac : "Qu'est-ce qu'il y a ? Ça va pas?"
Et là je réalise qu'elle a juste chouiné. Qu'elle n'a rien demandé, ne m'a pas appelé ni sollicité et que c'est moi qui ait bondi comme un félin à l'affût. En fait à ce moment je me rends compte que je fais ça... tout le temps. 

Ce faisant je ne lui laissais jamais l'opportunité de venir par elle-même, ou tout simplement de trouver par elle-même comment surmonter son malêtre puisque je m’immisçais systématiquement dedans.

"Veux-tu avoir ça ?", "Veux-tu faire cela?", "Qu'aimerais-tu manger?", "Comment veux-tu t'habiller ?", "Que veux-tu que maman fasse ?". J'ai connu une jolie petite fille de deux ans et demi, éduquée de cette manière. Pour commencer, elle ne souriait jamais. tout ce que ses parents lui proposait pour lui faire plaisir se soldait par des mécontentements et des refus obstinément répétés. Plus elle les rejetait, plus ils étaient à ses pieds. La fillette n'obtenait jamais de ses parents qu'ils lui montrent l'exemple afin qu'elle puisse en tirer les leçons. Ils la prenaient en effet sans arrêt pour leur guide. ils lui auraient donné tout ce qu'elle voulait mais ils ne comprenaient pas son réel besoin d'être avec eux en tant qu'adultes, vivant leurs vies d'adultes. "

J'ai partagé un séjour avec une petite fille et des parents du même genre que celle qui est décrite. Dès qu'elle râlait, ses parents l'inondait de question pour savoir ce qu'elle voulait. Ils ne la lâchaient pas tant que le problème n'était pas "résolu". Et elle râlait tout le temps. Nous sommes partis à la luge avec cette enfant, pendant que ses parents allaient faire du ski. Déjà, il a fallu convaincre sa maman qui avait du mal à la laisser avec nous, pensant que ce serait l'enfer. En effet ça n'a pas super bien démarré. Au début elle ne voulait rien faire : ni luge, ni bonhomme de neige, ni roulades dans la neige, ni bataille, rien. A ma fille qui insistait pour qu'elle nous accompagne j'ai fini par dire : "Ecoutes, je crois que Jesabeth est contrariée. Son papa et sa maman ne sont pas avec elle, ce n'est pas facile pour elle d'accepter ça. Jesabeth, tu peux attendre ici (à l'endroit d'où nous démarions nos descentes de luge), on est pas loin, si tu as envie de quelque chose, tu n'auras qu'à nous le dire".
On ne l'a pas jugées, on ne s'est pas arrêtées de vivre non plus, on était là, disponibles et on a respecté son temps d'adaptation.
On a fait 10/15 descentes où elle nous a ignoré dans un mutisme buté. Je pense qu'au début, elle a été décontenancée et peut-être un peu contrariée qu'on insiste pas plus. Mais elle n'a pas hurlé, ni fait de colère, ni même râlé. Pour moi, elle digérait la situation. A la 16ème remontée elle nous a dit : "Je veux bien faire de la luge mais plutôt là-bas". Ok, j'ai placé les deux zouzoutes dans la luge et nous sommes passées devant ses parents qui venaient de finir de louer leurs skis en faisant des coucous et des grands sourires.

Je me suis fait la réflexion que quand ses parents cherchaient à résoudre ses soucis, ils ne lui laissaient en fait aucun repli intérieur et aucune possibilité pour elle de surmonter la frustration seule. Ce qui d'une certaine manière empire peut-être encore plus ses râleries.    

Nos envies pour eux et leurs envies à eux.

Je vais prendre un exemple flagrant, et qui m'a beaucoup occupé l'esprit (qui m'occupe toujours d'ailleurs) : l'instruction et la question de l'école. 
Je n'ai jamais réussi à écrire l'article complet sur tout ce que je reproche à l'éducation nationale mais il serait long. Celles qui me lisent depuis longtemps connaissent mes prises de conscience successives sur la question, notamment la découverte du unschooling qui m'a fait l'effet d'une révélation : c'était Ça qu'il nous fallait ! 
J'ai passé beaucoup de temps et d'énergie à chercher des solutions alternatives à l'école sans trouver la bonne voie, à me ronger les sangs. Et au final, Minimog va à l'école et elle va très bien.

J'ai rencontré récemment une autre maman dont le fils est scolarisé à l'école Montessori des Souris Vertes où Minimog a fait un mois de scolarité. Elle a eu une phrase d'une honnêteté que j'ai beaucoup apprécié : "Je n'ai pas inscrit mon fils dans cette école pour lui, c'est pour moi. Lui il s'adapte à tout, il serait très bien à l'école du quartier. Quand les gens me disent que j'ai choisi le meilleur pour lui je réponds que c'est avant tout à moi que ça fait du bien de le savoir là-bas".
Je dois dire que si Minimog a vécu une très belle expérience dans cette école que j'aime énormément : le retour à l'école classique n'a posé aucun problème. Elle se plaisait là-bas mais pas plus que là où elle est aujourd’hui.

Cette même maman me racontait l'histoire d'une famille : 5 enfants, ferme permaculturelle, unschooling, vie sociale riche, bref: la carte postale de rêve. Le papa est tombé gravement malade et les enfants ont été inscrits à l'école, la maman ne pouvant pas tout assumer seule. Il s'avère que ... les mômes étaient ravis !

J'ai d'ailleurs plusieurs exemples autour de moi de famille où les enfants en non-sco ont fait le choix de retourner à l'école ou de ne pas la quitter. Hélène et Olivier par exemple, que j'avais rencontré sur cette question sont aujourd'hui une famille sco, à la demande de leurs enfants. Pourtant les parents préféraient la vie en non sco. Ils ont eu ce courage et cette honnêteté d'écouter leurs enfants. 

C'est un exemple parmi tant d'autres. Mais vouloir le meilleur pour eux c'est génial. Sauf que la conception du meilleur qui est la leur n'est pas toujours identique à la notre. Il est bon de ne pas confondre nos idéaux et leurs demandes réelles.

Accepter toutes les émotions de l'enfant  et accepter tous les moyens de les exprimer

Soyons clair.

Un ado en crise n'a pas le droit de parler à ses parents comme à des chiens.
Accepter que son enfant soit en colère et même dépassé par cette colère ne veut pas dire accepter de se faire cracher dessus, taper, insulter. Il y a d'ailleurs une différence entre un enfant qui est submergé d'émotion et qui tape au hasard car il est dépassé par la violence qui est en lui et que l'on peut calmer en le contenant par exemple et un gamin qui tape pour exprimer sa frustration. J'ai connu cette deuxième situation où Minimog me tapait chaque fois qu'elle était mécontente (ce qui arrivait souvent). Or on peut très bien refuser ces situations avec fermeté mais bienveillance. D'ailleurs, pour s'en sortir, je pense que la meilleure solution n'est pas de sévir ni de punir mais en plus d'exprimer son refus catégoriquement et clairement, de faire un travail de longue haleine pour donner à son enfant les outils, les moyens d'exprimer son ressenti autrement, sans jamais nier ce ressenti lui-même.
"Mon chéri, tu es très en colère, vraiment très en colère seulement je ne peux pas t'aider si tu me frappes. Moi quand on me frappe ça me donne envie de sortir de cette pièce pour me protéger". Quelque chose du genre...

" Les enfants les plus frustrés et les plus "contrariants" se comporteront de manière asociale pour signifier qu'ils veulent qu'on leur montre comment coopérer."

Sans compter que de n'exprimer aucun refus peut empirer les choses; Les marques de violence d'un enfant expriment quelque chose. Leur rôle est de faire réagir, d'exprimer de manière maladroite que quelque chose ne va pas. Et il ne se peut que ce que l'enfant essaye de vous dire c'est précisément, qu'il a besoin de sentir les bords du cadre.

"Si les parents n'opèrent pas la distinction entre les actes désirables et indésirables, l'enfant se comporte souvent de manière perturbante pour les forcer à jouer leur rôle."

Papa, maman, cet espace est trop grand pour moi, je suis perdu(e). C'est comme de mettre un enfant au milieu d'un désert et de lui dire : "Vas y ma chérie, fais ce que tu veux" et on s'en va. L'enfant est libre, mais seul dans cette immensité, sans aucun repère. Par contre si vous l'installez dans une oasis et que vous lui dites "Cet espace de verdure est le tien, c'est là qu'est ta place", l'enfant est placé dans un environnement restreint, mais sécurisant, à sa portée... et riche.

L'autorité utilisée à bon escient, les limites saines et bien posées, c'est aussi transmettre des valeurs.

Et n'oublions pas une chose : pour apprendre le respect de soi à un enfant, il faut déjà commencer par se respecter soi-même.

L'enfant maitre de son destin et "les enfants sont nos maitres".  

Or, pour pouvoir jouer notre rôle, il faut être convaincu de son bien-fondé. Quand il m'arrive de lire des phrases du genre "les enfants sont nos maîtres", j'ai envie de tirer la sonnette d'alarme. (NB: je ne parle pas de la formule "l'enfant est le maître" qui traduit l'autonomie comme fondement des pédagogies actives d'instruction.).
Que l'on rende à son enfant les rennes de son destin et que l'on considère qu'il est maître de sa vie: c'est salutaire.
Que l'on ait un tas de choses à ré-apprendre de nos enfant, qu'ils soient capables de nous donner d'incroyables leçons de vie : ça ne fait aucun doute.
Mais les enfants ne sont pas nos maîtres, ni dans un sens de domination, ni dans un sens de maître à penser.

Ce serait perdre de vue que les guides, c'est nous.  Nous, parents. Pour la bonne est simple raison que l'enfant est programmé pour ... devenir un adulte. Toutes les énergies qui l'habitent et le font avancer : l'esprit absorbant, la soif de savoir, de comprendre, la construction de son cerveau, son incroyable pouvoir d'imitation, etc. tout cela a été généré dans un but : lui permettre de devenir adulte. Notre rôle est d’accompagner nos enfant dans leur chemin vers l'âge adulte, pour les aider à devenir "des hommes et femmes". Ça se traduit différemment selon les cultures, mais c'est toujours le même but.

Nous sommes l'exemple de nos enfants.

"Ces informations le préparent à prendre sa place parmi ses semblables en toute compréhension de son rôle par rapport à eux. Contrecarrer ce puissant besoin en donnant à  [l'enfant] toute votre attention alors que tout la sienne est centrée sur vous engendre en lui une profonde frustration et asservit son esprit. Son attente d'un personnage central, fort et actif autour duquel il gravite est en effet minée par une personne servile, dépendante au niveau émotionnel qui cherche à être approuvée par son [enfant]."

Voir l'enfant comme un idéal, un paradis perdu vers lequel nous devrions retourner est dommageable.

Il/elle est tournée vers son parent en quête de réponses, son parent est tourné vers lui/elle en quête de réponse: c'est un cercle vicieux et non vertueux qui se met en place.

Tout comme, malgré le fait que j'adhère à beaucoup de ses propos, je n'adhère pas du tout quand André Stern se présente systématiquement "comme un enfant de 40 ans". On nage en plein syndrome de Peter Pan et si c'est glamour à entendre et un brin rebelle, dans les faits ça ne me semble pas constructif.
A 40 ans on est plus un enfant. On ne peut plus faire semblant d'être des enfants : nous avons trop et de filtres culturels certes, (dont il est bon de savoir se défaire parfois), mais aussi de vécu, trop d'expériences, trop de prises de conscience, en nous pour ne pas être des adultes. Et c'est précisément ce bagage là que nous utilisons pour accompagner nos enfants en leur servant de modèle. Et si à 40 ans on est toujours un enfant alors pour moi, il y a eu un souci dans notre évolution personnelle. Une rupture dans le continuum si j'ose dire...

Accepter toutes les émotions de l'enfant et ne pas accepter les nôtres.

Pourquoi s'échine-t-on à accepter les colères et les débordements de nos enfants alors qu'on se flagelle de ressentir les nôtres ?
Dans l'éducation classique si un enfant fait une colère c'est un capricieux, mais si le parent se met en colère, c'est justifié.
J'en viens parfois à me dire que pour des parents qui recherchent la bienveillance en famille, un enfant en colère c'est un enfant qui souffre et qui a besoin d'aide et un parent en colère c'est un parent qui n'est pas à la hauteur.

Pourtant, notre colère a le même rôle que celle de nos enfants : c'est un signal d'alarme.
Je vais encore une fois vous rediriger vers le blog de Sandrine Donzelle que m'a fait découvrir la coupine Gwen et dont j'aime beaucoup les articles qui offrent un angle différent mais éclairant sur les émotions "négatives" et "positives".

Par exemple : 
sur l’optimisme 
et la colère

Et puis je finirai sur cet exemple personnel. pendant des mois j'ai ressenti une colère irrémédiable à l'égard de ma fille. Je ne comprenais pas pourquoi. Quand elle survenait elle me dépassait et comme dit ma fille "elle était plus grande que mon corps alors mon corps lui disait de la faire sortir". Mais d'où venait cette colère qui se muait parfois en agressivité ? Pourquoi tous ces outils de bienveillance que j'avais intégré dans mon quotidien m'échappait ? Je n'étais pas à la hauteur ?
L'article de Gwen m'a beaucoup éclairé et j'ai essayé de me dire "Quand je suis en colère, c'est que ce qui se passe ne va pas dans le bon sens". Alors je cherchais ce que je faisais de travers.
Et puis j'ai eu la réponse quand j'ai craqué pour de bon. Oui, ma colère était le signe de quelque chose qui allait de travers : mais pas dans des situations du quotidien. Ce qui n'allait pas c'est que j'étais épuisée, que mon réservoir était à sec, que je n'avais plus d'espace à moi pour m'épanouir en tant que moi-même et pas dans mon rôle avec quelqu'un d'autre.
Depuis que j'ai pris conscience de ça, je me mets moins en colère, et surtout ma fille a radicalement changé de comportement et elle est beaucoup moins irritante. Comme si j'avais enfin compris.

Conclusion :

Si je devais résumer l'essentiel dans tout mon blabla ce serait que :
- L'enfant roi n'est pas un statut que l'enfant demande. C'est bien une position dans laquelle le place les parents. Et qui ne répond pas à ses besoins réels. Ils leur appartient donc de porter un regard lucide sur cette question.
- On veut faire bien mais en faisant trop on fait mal(adroitement) et le résultat est souvent des enfants malheureux et des parents malheureux. C'est pas le but.
- L'autonomie ce n'est pas seulement savoir se servir son jus de fruit tout seul. Les enfants n'ont pas besoin que l'on satisfasse toutes leurs demandes, que l'on comble tous leurs manques. Ne pas anticiper sur les besoins supposés de l'enfant, le laisser exprimer ses besoins réels ainsi que d’expérimenter seul d'avoir à traverser des difficultés quand c'est possible participe aussi de son autonomie et du respect de sa personne en tant qu'individu et pas comme une extension de nous parents.
- Il faut savoir prendre du recul pour ne pas répondre à des manifestations d'un besoin qui ne sont pas le besoin lui même et qui pourraient nous mettre sur la mauvaise voie 
- Il est primordial que chacun garde sa juste place et ne pas oublier que l'aboutissement de l'enfant c'est l'adulte.
Ce dont ils ont besoin c'est avant tout d'un adulte fort, qui vit une vie respectueuse pour lui-même, en accord avec ses valeurs pour que de cet exemple, les enfants puisent eux mêmes les réponses à leurs questions de la façon dont ils le veulent. Façon qui va d'ailleurs évoluer au fil du temps.
- Il ne faut jamais perdre de vue que pour apprendre le respect de soi à un enfant il faut commencer par se respecter soi-même car il ne faut jamais perdre de vue que le meilleur moyen de transmettre quelque chose à un enfant c'est par l'exemple.

Et aussi :
- oui, pour certains d'entre nous, c'est difficile.
C'est facile pour moi d’écrire un article dessus puisque j'utilise des exemples sur lesquels j'ai eu le temps de prendre du recul, de réfléchir, et de trouver des réponses.
Trouver la frontière entre envie et besoin est parfois difficile, c'est parfois difficile de ne pas se précipiter (je le fais encore bien trop souvent !), de ne pas projeter des sentiments, des envies, des attentes qui nous appartiennent, etc.
Il n'est d'ailleurs pas dit que toutes les phrases magiques que je propose ici fonctionneraient à coup sûr (je peux vous dire que pour revenir sur certains mauvais acquis à l'époque, j'ai du employer des solutions carrément plus fortes qu'une simple phrase bien formulée) et je n'ai d'ailleurs pas la prétention ici de proposer un panel de solutions mais bien de réflexion.
J'espère néanmoins que cela aidera certain(e)s d'entre vous à avancer.



mercredi 25 janvier 2017

Youpi, j'ai fait un burnout (Eeeet non, ça n'arrive pas qu'aux autres).



Décidément, j'ai bien fait de garder l'anonymat sur ce blog pour être libre de partager sur des sujets sensibles et normalement, plutôt intimes.

Donc dans la série, "J'ai testé pour vous" : après la dépression post partum, je m'attaque au burn out parental.

La vie desfois c'est bizarre, tu es censée passer un week-end en famille et puis le matin dudit week-end, tu te retrouves à la porte de chez toi avec tes marmots sans trop savoir ce que tu vas faire dans la minute et quand tu trouves un refuge pour le week-end, tu te rends compte que t'as pas envie de rentrer. Du tout. Jamais.
Mais tu rentres et le lendemain tu vas au boulot. Tu vas voir ta cheffe pour lui demander si tu peux prendre un petit jour de repos en fin de semaine et puis tu pleures, et tu reviens à ton poste et tu pleures, et à un moment tu te rends compte que ça fait 20 minutes que tu fixes l'écran sans rien faire d'autres que pleurer alors tu te lèves et tu t'en vas encore. Deux jours, au vert, chez papa et maman. Comme ça, pouf.
Et puis tu reviens et quand tu reviens tu te rends compte que t'as qu'une envie c'est partir, alors tu vas te promener et puis tu reviens.
Mais tu te rends compte que tu peux plus quand même alors tu vas dans ta chambre et au bout d'un moment tu te rends compte que ça fait plus ou moins une heure que tu es prostrée sur ton lit à regarder le mur en face, jusqu'à en connaître le moindre morceau de relief, et que tout ce qui sort du fait d'être en train de fixer ce mur t'est juste impossible. Et puis ta fille entre dans la chambre, te prends dans ses bras et là....
Là tu la regardes en lui disant "Ma chérie.... je voudrais que tu sortes". "Mais maman....", "NON ! J'ai.besoin.que tu sortes".

Alors au début, comme tu es de nature positive quand même, tu t'es dit, après quelques jours de repos : "Youpi, je fais un burnout". C'est vrai, c'est une bonne nouvelle, parce que ça va te permettre de reprendre ta vie en main, d'oser demander de l'aide, d'aller enfin voir la psy, de te reposer, de passer des jours sans tes enfants (les premiers en 4 ans! Vous avez dit paradis ?) à vider ta to-do list et puis ton homme va ouvrir les yeux.

Et au bout d'une semaine de chutes et rechutes, de dialogues de sourds avec ton conjoint, de nuits hachées, de ton incapacité à faire une sieste, de ta fu****g to-do list qui ne diminue pas mais qui s'allonge ("mais pourquoi j'ai voulu ouvrir ma boite mail pour écrire à cette copine, bon sang!"), des crises d'angoisse qui viennent s'ajouter au reste (et devant les enfants en plus ! C'est tellement bon pour eux de voir leur mère avec les yeux hagards, plantée au milieu de la pièce sans pouvoir dire un mot et respirer comme un goret qui s'étouffe), tu commences à te rendre compte que ta semaine d'arrêt c'est pas une semaine pepère et que le burnout, c'est pas une bonne nouvelle du tout.

Déjà parce que ça ne règle pas tous tes problèmes d'un coup. Des problèmes dont d'ailleurs, pour un bon paquet, tu as conscience depuis longtemps, mais ça ne t'en apporte pas plus la solution.
Ensuite parce qu'avant de vouloir régler les soucis, il faudrait déjà que ta tête arrête de tourner et que tu reprennes pied, ce qui semble un long chemin semé d'embûche parce que...
.. Et bien ton quotidien, lui, il continue de tourner et que t'as pas forcément la force d'en sortir pour oser faire tout ce que t'as pas demandé avant (de l'aide, du temps pour toi, un séjour dans un monastère au fin fond de la cambrousse) : c'est juste qu'avant tu culpabilisais à l'idée de le faire et maintenant tu culpabilise à l'idée de ne pas oser le faire.
Parce que ça ne répond pas à toutes ces questions, ces doutes que tu accumules depuis que, pour sortir grandie à l'intérieur, tu remets en question presque tout ce qui a fait ou fait ta vie, ton environnement, ta société ou ta culture d'appartenance, sans pour autant toujours savoir comment faire autrement, ni finalement pouvoir trouver ta juste place dans ce monde.
Parce que malgré tout ça, ton conjoint n'a pas plus compris dans quel état tu te trouvais...
Et parce que d'en arriver à ne plus vouloir allaiter, ni dormir avec tes enfants, ni même être avec eux, et ne rien ressentir quand ta fille te prends dans ses bras c'est juste horrible.

Non vraiment, le burnout, c'est assez nul. Je vous le déconseille instamment.
0/10

Comme par hasaaaaaard, ma chère Charlie me dégote une émission made in France Inter, sur le sujet, que vous pouvez écouter ici :
Qui, de façon lapidaire et entrecoupée vient quand même dire des trucs assez intéressants. 


Pourquoi je viens ici vous dire ça ?
Parce que, d'une part, ça n'arrive pas qu'aux autres ni à ceux qui sont dans des situations dramatiques.
Voyez donc :
- j'ai un job à temps partiel (fonctionnaire à 60%, c'est vous dit si j'entre dans la catégorie des gens qui ne s'épuisent pas à la tâche, hein?)
- un mari -de temps en temps- à la maison (physiquement du moins)
- une super nounou
- "seulement" deux enfants
- et contrairement à ce qui est indiqué dans l'émission, même si je suis partisane de la bienveillance éducative, ça fait bien longtemps que je prône l'idée que ce n'est pas une fin en soi mais un chemin que l'on doit suivre à son rythme
- et ça fait un paquet de mois que j'ai conscience qu'il me faudrait retrouver du temps pour moi et accorder plus de place (une place tout court?) à ma vie de femme entre ma vie d'épouse, de mère et de travailleuse.
- et ça fait quelques temps maintenant que je prétends avoir lâcher prise pour vivre ma vie et inviter mes enfants dans cette vie, sans plus vouloir vivre pour eux.  
- il y a bien longtemps que je sais que je ne suis pas superwoman (moi mon problème c'est plus de penser que je suis superlooseuse... Voyez? Oui, certaines d'entre vous voient très bien...)

Et pourtant j'en suis là.

Parce que quand tu vas mal, tu assistes à un phénomène déroutant : les gens t'appellent d'abord pour prendre de tes nouvelles parce que "ils ont appris que...". C'est touchant, c'est sincère à n'en pas douter et puis au moment où tu entends "tu sais je te comprends, moi aussi....", ça bascule et soudain, c'est toi qui te retrouve à écouter les autres te parler de leurs déboires de vie.
En fait, comme tu as officiellement craqué, à toi on peut dire les choses. Le tabou tombe.
Je me suis alors rendue compte que j'étais cernée par des gens qui pataugent dans le malêtre. Des burnout en puissance. Ou des futurs cancers. Tiens je viens de trouver un avantage au burnout, ça va m'obliger à vider les tuyaux avant d’écoper d'un cancer venu "d'on ne sait où" quand j'aurais 60 ans. (Et puis aussi, maintenant je sais pourquoi ça fait des mois que tous les jours j'use d'une violence psychologique et/ou physique -que pourtant je rejette- sur ma fille, sans savoir d'où ça vient et sans pouvoir m'en empêcher, comme si j'étais schizo).
Allez 2/10.
 

Bref, un test peu concluant qui m'invite à vous dire :
"Sérieusement : par pitié, n'attendez pas d'en arriver là."

Pour reprendre une formule bien connue "parents épanouis, enfants épanouis".
On le répète mais on oublie souvent de l'appliquer : le premier pas vers la bienveillance éducative, c'est d'être bienveillant avec soi-même. 





jeudi 5 janvier 2017

On est pas là pour protéger nos enfants.

"Oublie tes erreurs et tes peurs
Je les efface
A chaque faux pas que tu feras
Je tomberai à ta place
Mon seul plaisir sera de t'offrir une vie idéale
Sans peine et sans mal

[...]
Je ferai un monde où tout ira bien
Tu seras jamais seul tu manqueras de rien"

Je Serai Là, Teri Moïse  




Il y a quelques semaines, je retombe sur cette chanson bien connue de feu-Teri Moïse, qui date de mon adolescence et qu'on trouvait telllllement jolie. 
Cette chanson est jolie, c'est vrai, mais les paroles entendues ce jour là m'ont piqué les oreilles.

Bon, le refrain, je dis pas :
"J'ai découvert qui je suis
Tout a changé le jour où je t'ai donné la vie
Et si jamais le monde t'es trop cruel
Je serai là toujours pour toi "

No problemo, c'est la quintescence de la maternité.... Mais le reste ? 

"Oublie tes erreurs et tes peurs
Je les efface 
Oublier quoi ? Ah non, non, non, moi j'efface rien. Les erreurs sont pleines d'enseignements et les peurs, des obstacles à surmonter dont on ressort grandi.
A chaque faux pas que tu feras Je tomberai à ta place 
QUOI !? Euh non, non plus. Je tombe déjà assez bien tout seule merci. Je veux bien tendre la main pour aider à relever mais c'est en tombant qu'on apprend à ne plus tomber.
Mon seul plaisir sera de t'offrir une vie idéale
Sans peine et sans mal
[...]
Je ferai un monde où tout ira bien
Tu seras jamais seul tu manqueras de rien
Alors déjà, j'ai plein de plaisirs dans la vie, hein ?  Et puis, comment Diable, suis-je censée faire ça ???

Vous savez quoi, je crois qu'une des plus grosses erreurs que véhicule notre modèle sociétal sur ce qu'est être parent c'est de nous faire croire que nous sommes censés protéger nos enfants.
Cette image de nous que nous avons, cette lubie profonde de vouloir qu'ils n'aient jamais mal, jamais peur, qu'ils ne connaissent ni la frustration, ni la haine, ni le mépris, ni la contrariété, ni rien. On veut les préserver de tout ce qui nous semble négatif.

Pour moi, c'est une résultante de deux éléments fondamentaux de notre modèle culturel : le fait que l'on vit dans la peur (voir ici), et l'omniprésence du confort. Nous sommes constamment en recherche de confort, au point que nous allons à l'encontre parfois de ce qui est bon pour nous afin de ne pas en sortir : accumuler des choses qui font tout à notre place, accoucher sans douleur, ne pas sortir quand il pleut ou qu'il fait froid, surchauffer nos maisons, rester dans des situations qui ne nous épanouissent pas mais qui nous maintiennent dans ce confort anesthésique, dans lequel d'ailleurs on s'échine à nous maintenir. Orson Wells et Aldous Huxley avait imaginé les sociétés dictatorielles du futur mais si je devais écrire mon "Meilleur des monde" je miserais sur la peur et le confort : "Le monde il est méchant mais j'ai pas le temps de le changer, c'est les soldes chez Conforama" : et on devient dociles comme des agneaux (ah non pardon, on partage notre indignation sur facebook!).

Mais, bref, je m'égare...

Pourquoi diable, prétends-je que notre rôle n'est pas de protéger nos enfants ?

Parce que les protéger de ce qui nous semble néfaste, c'est les protéger de la vie d'une part. La vie c'est pas un champ de fleurs, la vie est faite de bons et de mauvais moments, et si on apprécie les bons, c'est aussi parce qu'on a traversé les mauvais. La vie desfois c'est dur, mais parfois il faut savoir traverser ça pour accéder au bonheur. Personne n'a jamais dit que le bonheur c'était facile, ou qu'il avait vocation à l'être. 

Ensuite, je crois qu'il nous faut reprendre les rennes de nos vies, et quand je dis nos vies ce n'est pas seulement notre petite bulle mais notre façon d'être au monde, d'être dans le monde. Pour pouvoir être acteur, il faut donc agir et donc il faut voir le monde en face. Pour lutter contre la haine il faut la connaitre, pour lutter contre le mépris il faut en avoir été témoin, pour lutter contre l'inconscience il faut savoir vivre avec les inconscients.  

Parce que protéger nos enfants c'est les mettre réellement en danger. Si on tient le bouclier devant leurs yeux, ils n'apprennent pas ni à voir le danger, ni à s'en défendre seul, ni à l'éviter.(voir ici)

Dans des tas de cultures (souvent dites "primitives"), il existe des "passages initiatiques" où le jeune est volontairement placé dans une situation d'inconfort, voire de danger, et où il doit prouver qu'il peut surmonter cela pour être considéré comme un adulte. (Et soit dit en passant, être adulte est un accomplissement dans ces sociétés, pas une malédiction).
Et après tout n'est-ce pas cela, en effet, être adulte ? Avoir appris à vaincre, seul, les difficultés pour prendre sa vie en main et pouvoir engendrer alors d'autres vies ?

Et puis les protéger, le peut-on réellement ?
Je ne veux pas que mon fils se brûle avec les allumettes alors je vais toutes les enlever ou les mettre tout en haut de l'étagère. Et un jour l'enfant se brise le cou en ayant escaladé l'armoire pour aller chercher les allumettes quand ses parents avaient le dos tourné.
Je veux lui épargner l'angoisse de la séparation alors je reste toujours avec lui et j'empêche le père de s'impliquer parce qu'il ne "sait pas faire". Et un jour on est hospitalisée pour deux mois.
Mon fils se fait harceler à l'école, je vais en parler à la maitresse, je vais voir les parents de l'agresseur, l’agresseur lui-même, je vais le changer d'école. Et devenu adulte, il n'ose s'opposer à son voisin qui lui pourri la vie parce qu'à l'époque, c'est maman qui avait tout géré et qu’aujourd’hui elle n'est pas là. 
Je ne veux pas que ma fille boive de l'alcool parce que c'est mal alors à la maison on en a pas, on en parle pas, on ne fréquente pas de gens qui en boivent, on interdit les soirées où il y en a. Et un jour votre fille se regarde dans la glace après son premier verre de whisky à 8h du matin en se rappelant ce jour où ce charmant garçon lui a tendu un verre avec un clin d’œil et qu'elle n'en a jamais parlé à la maison parce qu'à la maison, ça n'existait pas.

Vouloir protéger un enfant, plus j'y pense, plus je trouve ça contre-productif.


Alors quoi ? "D 'après toi grande maline, que faut-il faire?"
Je laisses la parole à Dumbledore et Harry Potter :

"Comment puis-je protéger mon fils Dumbledore ?
- [...] On ne peut pas protéger les jeunes de la souffrance. La douleur doit arriver et elle arrivera.
- Donc, je suis censée rester là à ne rien faire ?
- Non. Tu es censé lui apprendre à affronter la vie. "

Moi y en a être d'accord.
Je veux dire, évidemment que je ne suis pas en train de dire qu'il faut livrer nos enfants à eux-mêmes ou les mettre dans des situations ingérables pour eux en pensant qu'ils s'en sortiront seuls et que ça leur servira de leçon.

A mes yeux aujourd’hui, notre rôle est de sensibiliser nos enfants, de les accompagner, de les soutenir, de les épauler, oui, de leur apprendre à se protéger, mais pas de les protéger.

Alors évidemment c'est difficile parce que souvent nous avons été protégés, et nous sommes très nombreux à ne pas savoir nous-mêmes comment nous protéger. Ou on a été laissés seuls, ou forcés : "T'es plus un bébé, c'est rien, serres les poings / rentres dans le tas".

Mais des outils bienveillants il y a en et vous les connaissez sûrement :
- accepter les émotions, les entendre et laisser l'enfant les entendre et lui apprendre à les gérer
- trouver des solutions ensemble, l'impliquer dans ce qui le concerne
- lui apprendre qu'il a le droit de dire ce qu'il ressent et d'être traité avec respect.
- avoir nous-mêmes un comportement exemplaire, en accord avec nos discours.
- laisser la place à l'autonomie, à l'expérience personnelle, sans jugement ni tentation de faire à leur place
- laisser le droit à l'erreur et laisser l'enfant tirer les conclusions qui s'impose
- être là, tout simplement, comme un refuge, un phare dans la tempête et laisser l'enfant venir à vous pour y puiser la force qui lui est nécessaire.
etc.

Pour moi, il ne s'agit pas de dire : "T'inquiète mon chou, maman va venir avec son bouclier en titane" mais "Bon, voilà du carton, du scotch, quelques clous, viens, on va te faire un bouclier. C'est quoi ça là-bas ? Ah ça, c'est mon bouclier en titane et tu sais quoi, un jour tu auras le tien. Mais il faut beaucoup de personnes pour faire celui-là. Viens on va commencer par le carton, je vais te montrer."  

Pour finir, je vous propose une réécriture de ma chanson d'intro  :

"Sers toi de tes erreurs et tes peurs
Dépasse-les, apprend d'elles
A chaque faux pas que tu feras
Je t'apprendrai à te relever

Mon plus grand plaisir sera de te voir construire ta vie librement
 Avec ses peines et ses joies

Et tu seras l'acteur d'un monde meilleur

Je t'apprendrais à te satisfaire de ce que la vie te donne
Et je serais là, toujours pour toi".


lundi 12 décembre 2016

Pédagogie de projet et graine de partage

"Moi, je file un rancard
A ceux qui n'ont plus rien
Sans idéologie, discours ou baratin
On vous promettra pas
Les toujours du grand soir
Mais juste pour l'hiver
A manger et à boire
[...]
C'est pas vraiment de ma faute
Si y'en a qui ont faim
Mais ça le deviendrait
Si on n'y change rien

[...] 
Aujourd'hui, on n'a plus le droit
Ni d'avoir faim, ni d'avoir froid

[...]
  J'ai pas de solution pour te changer la vie
Mais si je peux t'aider quelques heures, allons-y
Y a bien d'autres misères, trop pour un inventaire
Mais ça se passe ici, ici et aujourd'hui

[...]
  Aujourd'hui, on n'a plus le droit
Ni d'avoir faim, ni d'avoir froid "

Chansons des Restos du coeur, les Enfoirés

Voilà deux ans que j'ai amorcé trèèèèès doucement une volonté de faire du temps de l'avent un temps où l'on reçoit, certes, mais où l'on donne aussi.

Elevée dans une famille catholique pratiquante, j'ai une culture de l'Avent comme un temps de réflexion, d'introspection et de générosité envers les plus démunis. Nous nous retrouvions avec des amis de mes parents tous les dimanches de l'avent pour des temps d'échange qui ont planté une graine en moi, même si ma spiritualité a évolué depuis. 

L'hiver est par naissance pour moi une saison de repli, de pause, et de réflexion (idée qu'on retrouve dans la saison sombre des païens ou dans ce fameux bilan de fin d'année et ces bonnes résolutions qu'on ne tient jamais). Mais se replier sur soi et regarder en soi, faire le point sur sa vie, ça incite, ça invite aussi à voir l'Autre. Voir sa vie en pensant à celui qui a moins que nous change le regard. Et je voulais transmettre cette idée dans les rituels familiaux.

J'avais plein d'idées au départ, mais ce n'est pas si simple avec de jeunes enfants. Je me souviens du jour où nous avons offert des croissants et un café à un monsieur qui faisait la manche près d'un supermarché. Ma fille a posé des questions bien sûr, et j'ai du lui expliqué que certaines personnes n'avaient pas de travail, donc pas d'argent et donc pas de maison et parfois pas de quoi s'acheter à manger. "Mais alors, il faut leur en donner une de maison !". 
Ben oui, c'est ça qu'il faudrait faire. Il faudrait que tout le monde ait un toit, un refuge, un foyer. Mais ça ne se passe pas comme ça dans notre monde et pour expliquer ce non-sens à un gamin... Et ben j'étais bien embêtée (Que ce monde parait insensé quand on le voit avec les yeux d'un enfant!).

Finalement, cette année, nous avons commencé par le commencent : faire un peu, c'est déjà faire.
Nous avons donc fabriqué des petits sachets de Noël pour les distribuer au SDF.   

Alors pourquoi je parle de pédagogie de projet ? 
Déjà parce que c'est accrocheur alors comme ça plein de gens reggio-fan voudront lire mon article. Et puis parce que, avec le recul, je me suis rendue compte que c'était notre premier vrai "projet" au sens pédagogique. 
L'idée : faire des sachets de Noël pour les sans-abris. Pour cela nous avons : 
- cuisiné - avec tout ce que ça inclus en terme d'apprentissage cognitifs et manuels
- compté et comparé - pour faire des sachets équitables
- tracé des formes - des cœurs avec les emporte pièces pour faire les étiquettes
- découper - lesdits cœurs
- fait marcher notre créativité - pour décorer les cœurs et puis aussi parce Minimog a voulu faire des étiquettes papillons
-  poinçonné - pour trouer les étiquettes et passer le fil
- travaillé l'écriture et la graphie : avec un modèle ou en repassant sur les tracés de maman



Et voilà


Tindiiiiiiin ! 

Le tout accompagné d'un chocolat chaud. Un VRAI chocolat chaud, avec du vrai chocolat dedans, et un mélange lait épautre/noisette et lait entier pour tenir au corps et du miel et un poil d'épice pour vaincre les microbes de l'hiver.

Onctueux et délicieux. Miam !


Et puis nous sommes allés les distribuer.... Un samedi après-midi..... En plein marché de Noël..... Avec tous les magasins ouverts.
Et bien je fus fière de ma fille ! Je l'avais briefé dans la voiture, nous étions là pour donner, pas pour acheter. Et elle a tenu bon.
A part un tour de manège elle n'a rien réclamé.
C'était particulier de nous promener avec notre carton de gâteau et de croiser les gens qui se baladait, les bras chargés de sacs griffés aux marques diverses. De passer derrière les cabanons du marché de noël sans même jeter un œil aux comptoirs chargés de belles choses. En fait, je me suis sentie étrangère à tout cela. Comme si tout cela c'était du vent. J'étais en route pour quelque chose de plus essentiel. Nous on cherchait du regard les personnes assises au bord des trottoirs dans un coin. 
On a tout de même regardé les décorations, les lumières. Ce fut une belle balade de Noël.  
Nos petits paquets sont partis vite. Tant mieux pour nous (traîner deux petiots en ville avant les fêtes ça ne peut pas durer l'après midi), dommage pour le monde.

Et puis nous sommes allés donner le sourire à une autre personne : ma mamie qui vit en résidence pour personnes âgées depuis quelques mois. Parce que ça aussi c'est important

Ma maman m'a demandé ce que ça avait fait à ma fille. Je ne sais pas. Je ne lui ai pas demandé. Je ne veux pas. Lui demander ça serait attendre une réponse, un discours, une morale. Ce genre de question n'est jamais gratuit.
JE l'ai fait, parce que c'était important pour moi et que c'est conforme à mes valeurs. Et j'ai invité mes enfants dans cette démarche. Le reste leur appartient.


Pour l'anecdote, au retour à la voiture, il ne nous restait que du chocolat. En chemin nous avons croisé un monsieur à genoux, mais debout, il avait une pancarte à ses pieds qui disait "J'AI FAIM", ses yeux regardaient sans vraiment voir la foule qui passait devant lui. On ne pouvait pas ne pas s'arrêter. Je me suis approchée en lui disant "Bonjour, on a plus de gâteau, mais il me reste du chocolat chaud, vous en voulez ?", il m'a dit oui, avec la bouche, et avec les yeux. quand je lui tends son chocolat je vois une main qui tend un énorme sandwich au jambon et j'entends mon prénom. Je lève les yeux... C'était la fille d'une amie (qui se reconnaîtra si elle me lit, comme tu peux être fière de ta fille ma chérie <3 -mais tu le sais déjà) qui se promenait avec son petit ami. Aucun sac dans leurs bras mais ce sandwich qui arrivait à point nommé. 
A part moi, je me suis dit : "j'espère que c'est ma fille dans 14 ans".
Mais tout comme on ne tire pas sur la tige d'une plante pour qu'elle pousse, je ne veux pas les pousser vers un idéal qui est le mien. Je suis le terreau, ils sont la graine. 
Et je ne me fais pas de souci : ces choses sont vraies, elles ont un sens, forcément, elles les toucheront.

Le Saint-Nicolas est passé chez ma Grand-mère. Et son pote le Père Fouettard qui a foutu la trouille à Minimog. Quand St-Nicolas a demandé si ma fille avait été ""sage"", je lui ai soufflé : "Tu n'as qu'à raconter à St-Nicolas ce qu'on a fait avant de venir" ;-). Et bien sûr le Père Fouettard a remballé son bâton et St-Nicolas a tendu des chocolats. Bon je sais, c'est nul cette mascarade de Saint-Nicolas ou du Père Noël qui ne donne soit disant qu'aux enfants obéissants (j'ai eu une mini discussion avec ma fille sur le concept de "sagesse" qui pour moi diffère de l'obéissance), alors qu'on sait pertinemment que tout le monde aura quelque chose, même les "petits terribles" (étiquette, étiquette..). C'est trop pas bienveillant. Non sérieux, c'est naze.
Mais bon c'est là, et cette année c'est clair, Minimog veut croire à tout ce folklore. Alors on jongle avec comme on peut, et j'ai glissé à ma fille : "Tu vois ma chérie, une bonne action est toujours récompensée" et ça au moins, c'est vrai. Je souhaite juste qu'un jour elle se rendra compte que la récompense, on se la donne soi-même, en son cœur, qu'elle se trouve dans la main qu'on tend.


Quand mon mari m'a demandé ce que je voulais pour Noël j'ai répondu : une belle fête de famille. Après une expérience comme celle-ci je mesure à quel point le repas partagé, au coin du feu, les belles décorations, l'odeur d'agrumes et d'épices, les sourires de mes enfants, les chants, sont des trésors. Je n'ai envie de rien d'autre. Sincèrement.

Je me dis que mon chocolat chaud a du leur donner soif à ces gens. Je me dis que la prochaine fois j'achèterai des bouteilles d'eau. Parce que oui, il y aura une prochaine fois. Des prochaines fois. Avec Charlie et Petit Chou peut-être.
Je me demande comment transporter des rations de boeuf bourguignon ou de coq au vin. Je me dis que des muffins au printemps et du taboulé en été ce serait une bonne idée... Et ces pensées me rendent heureuse. Sincèrement heureuse. 
Merci Noël. Encore un beau cadeau de la vie.     




  

mardi 6 décembre 2016

Slow life - slow web.

Une lectrice m'a très gentillement écrit pour s'inquiéter du silence radio qui règne ici.
J'ai pensé que si ça ne perturbe pas la vie de milliers de lecteurs, ça valait peut-être la peine d'en toucher un petit mot collectif.
Charlie et moi avons quelques articles dans les cartons. On cherche aussi à proposer un autre format d'article. Bref, ça devrait re-bouger ici dans quelques temps.

Après pour ma part, je sors d'une période où les enfants et moi avons enchainé les maladies, couplée à une période assez difficile au travail, qui m'oblige d'ailleurs à faire des heures supplémentaires en nombre.

Tout cela m'a tenue assez éloignée des écrans (à la maison du moins....), que ce soit pour mon blog ou celui des autres et je dois bien avouer que .... Ça ma fait beaucoup de bien.
Certes, le net est une mine d'information mais je dois dire que je sature un peu.

Tel le yin et le yang, la maladie apporte son lot de bonnes choses : elle force à se poser, et comme l'énergie se fait rare et ne peut être gaspillée, elle force à revenir à l'essentiel.
Pour moi cela m'a permis de me recentrer sur ma famille et, en marge de tout ce qu'on peut lire à droite et à gauche, de réorienter mon regard sur nous, ceux que nous sommes, comment nous vivons, de quoi nous avons besoin, où nous allons. En marge de toutes influence.

En fait, je sens que la déconnexion amorcée cet été me suit. Ce n'était pas une pause, mais une étape, une étape vers un chemin que j'ai emprunté et que je dois suivre pour un temps.
Un chemin loin de l'écran.
Je le sens, j'ai soif de rencontres, de concret, d'avancer vraiment.
J'ai fait de belles rencontres via ce blog mais aujourd'hui j'ai envie de crever l'écran, d'aller voir, de faire. Pas de passer des plombes devant un ordinateur ou le téléphone à la main.

Je ne vous servirai pas de grands discours du style "Adieu monde numérique", je ne vais pas disparaitre de la circulation et puis, j'ai une fâcheuse tendance quand j'annonce un truc, de vouloir faire le contraire dans la foulée. Simplement oui, le rythme risque de ralentir ici. Et dans un sens, je me dis que c'est pas plus mal.
De toutes façons les blogs de mamans fleurissent et ne manquent pas, je ne me fais pas de souci, il y a un tas de choses à lire ailleurs en attendant. Et ma foi si ce sont nos mots à nous qui vous manquent alors déjà merci, et puis envoyez nous un message, prenons rendez-vous pour boire un thé, découvrir votre région, s'échanger nos mails et bavarder autrement. 
 

En passant, j'ai passé beaucoup de temps le nez plongé dans le livre "Danse avec les loups" de Mickael Blake et j'en conseille vivement la lecture. Dans ma vie il est arrivé à un moment clef, ce genre de moment magique où, en allant fureter dans la boite à livre du village vous n'imaginez pas que le livre que vous venez de déloger en disant : "Ah tiens, pourquoi pas ?" est une rencontre qui tombe à point nommé. Alors peut-être qu'il m'a happé plus que de raisons mais voilà, il m'a suffisamment touchée pour que j'ai envie de le conseiller à d'autres.

 

mardi 15 novembre 2016

Maternage et féminisme

Arrivée à l'âge adulte, je me suis posée la question de savoir si je voulais réellement être maman. Pourquoi avoir des enfants ? Et je dois dire que, vu de loin, la vie de maman, ça ne me parlait pas. Je suis une femme pour le moins active, qui aime l'art, la littérature, les voyages, aller en concert, en festivals, les jeux vidéos, faire du bénévolat, apprendre des langues étrangères, apprendre tout un tas d'autres trucs, bref : manger la vie à pleines dents. Et j'avais l'impression que la vie de maman c'était tout sauf ça : que c'était couches, popote, jeux simplistes, routine, « casaniérisme »*, abnégation, énervement, oubli de soi.
*(si quelqu'un me trouve un substantif valable pour casanier, je suis preneuse)

Et si j'avais dit "Arrêtes ! sinon"...‏

oublié initialement le 20/10/14

J'aimerais partager avec vous une anecdote qui m'est arrivée hier avec Minimog tant je la trouve pleine de sens.