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samedi 5 novembre 2016

Mais euh ! Ca marche pas ! - Les "échecs"

Je ne fais pourtant de tort à personne,
en suivant mon ch'min de petit bonhomme
Mais les braves gens n'aiment pas que
l'on suive une autre route qu'eux
non les braves gens n'aiment pas que
l'on suive une autre route qu'eux

La mauvaise réputation, Georges Brassens



Parce que, je suis la première à crier haut et fort en mes terres bloguesques qu'il faut relativiser toutes ces histoires de pédagogies alternatives, et ne pas s'alarmer à chaque soit disant échec ; mais bien sûr, je suis la première à faire cette erreur.
Pire que tout, le jour même où je finissais d'écrire mon article, j'ai fait exactement le contraire de ce que je disais. 
M'est alors venue l'idée de partager avec vous l'anecdote qui en a suivi, parce que parfois un exemple parle mieux qu'un monceau d'explications. 


Donc, je souhaitais proposer à Minimog une activité "transvasement à la pipette". 
Non pas parce que ça rentre dans un programme de progression savamment étudié, huhuhu. Non, simplement parce qu'elle est fascinée par sa pipette à médicament. Pipette qui est aussi un instrument de torture parce qu'à son âge, c'est le dernier recours pour la forcer à prendre un médicament qu'elle refuse ; je me suis donc dit qu'en utilisant une pipette (une autre, en l’occurrence, plus petite et moins dure), elle pourrait se familiariser avec pour qu'on ait plus vraiment à la forcer ou mieux, qu'elle puisse l'utiliser seule. Bref, tout ça partait d'une bonne intention hein ? 

J'arrive avec mon plateau de transvasement à la pipette trèèèès montessorien, et bien sûr le programme est clair : je commence mon explication, elle m'observe attentivement puis je lui propose de faire de même et quand elle met des gouttes à côté elle essuie et ensuite on range tout à la fin. 
Et bien sûr c'est devenu : pas le temps de montrer, elle m'arrache la pipette des mains, elle essaye seule, n'importe comment, me demande de l'aide et me la refuse quand j'esquisse un geste, finit par transvaser à la main, met des gouttes partout et bien sûr ne nettoie rien. 
Résultat je me suis énervée-calmement (c'est une oxymore oui), j'ai retiré l'activité en disant que ce n'était pas ça qu'il fallait faire et que puisqu'elle n'y arrivait pas pour l'instant, on la ferait plus tard. Et elle a fondu en larmes en réclamant l'activité....  
 
Et là, en rangeant, la colère est retombée et je me suis sentie ridicule. 

Si je n'ai pas pu finir ma démonstration, c'est que ma fille voulait explorer l'engin par elle-même, et apprendre son fonctionnement par elle-même. Si elle ne me laissait pas l'aider, qu'elle voulait que "j'ouvre" la pipette, ce que moi je m'évertuais à faire dans l'eau et ce qu'elle ne voulait pas. A bien y réfléchir, c'était surement pour apprendre le mécanisme de l'objet en lui-même et maitriser le geste avant de l'utiliser à « bon escient ». 
Et moi j'ai ruiné tout ça, tout son intérêt manifeste, et lui laissant comprendre qu'elle était incapable, juste parce qu'une activité Montessori, ça ne se déroule pas comme ça. Naze, naze et re-naze. J'ai vendu « l'esprit Montessori » à la « méthode Montessori ». 

Et puis cette méthode avec ma fille, ça marche rarement. Ce n'est pas comme ça qu'elle apprend : pas en regardant sagement et en répétant les gestes posément. Elle fonce, bidouille, teste, s'acharne - ou pas, puis laisse tomber, puis revient dessus (parfois loooongtemps après) et là miracle : elle maitrise d'une traite ou en tous cas elle a compris le truc.
Alors pourquoi, pourquoi m'acharner à vouloir qu'elle suive UN chemin qui n'est pas le sien ? Qui n'est même pas le mien en plus ! Moi non plus je ne fais jamais exactement ce qu'on attend de moi. 
"Votre fille est intelligente madame, ça ne fait aucun doute, je n'ai aucune inquiétude sur son avenir. Mais elle a une fâcheuse tendance à souvent sortir des sentiers battus. Moi je m'en fiche, ce qu'elle produit est de qualité, mais ça ne plaira pas à tout le monde." Mon prof principal à ma mère concernant mon passage au lycée.
15 ans plus tard, j'ai la même en face de moi, et c'est moi qui joue le rôle du prof psycho-rigide à qui ça ne plait pas. Quelle ironie ! 
Pourquoi m'obnubiler sur un résultat attendu alors même que je ne savais pas du tout si elle serait en mesure de réaliser l'activité en entier ? Alors même que je sais que le chemin vaut tout autant que le résultat ?

Bon, une erreur ça arrive à tout le monde, réparons. 
Le lendemain, j'ai repris mon plateau : "Ma chérie, hier je t'ai proposé cette activité. Ça ne s'est pas bien passé parce que je ne t'ai pas laisser faire comme tu le voulais. J'ai compris mon erreur. Veux-tu que l'on réessaye ?". Oui.
J'ai donc commencé en disant : "Veux-tu que je te montre ?". Non - ça, c'est fait
Premier geste, elle dégage la pipette et transvase avec les récipients. Je ravale le "mééééé'enfincépalebuteuh, satuséfer !", je laisse faire et j'observe. Et j'observe.... Et la lumière fut. Ah ben oui, les récipients que j'ai proposé sont différents de ceux que je propose habituellement. Elle n'a jamais versé avec ce type de récipient. Minimog 1 - maman - 0
Au bout de 2/3 fois elle se rend compte que ça, elle maitrise - ouf ! . Bon, voyons donc cette pipette. Premier essai : elle plonge dans l'eau et passe au récipient vide. Évidemment, rien ne se passe. Rebelote : rien. 
Bon, elle essaye "d'ouvrir", n'y arrive pas, me demande d'ouvrir, "j'ouvre", elle plonge dans l'eau et passe à l'autre récipient, rien. 
J'attends un peu, et là je ne peux pas m'empêcher de lui dire "il faut que tu ouvres dans l'eau si tu veux que ça fonctionne. Tu veux que je te montre ? ". Elle est d'accord. Je lui montre, elle observe, prend la pipette, la regarde..... La repose et quitte l'activité. 

Le résultat attendu de l'activité n'est pas atteint.
Le déroulement n'était pas celui qu'il aurait du être. 
C'est un échec ça ? 
Non.

Quelle merveilleuse activité nous avons eu là ! Quelle fierté de voir ma fille prendre son apprentissage en main, découvrir posément, progressivement, chaque élément de l'activité, dans un ordre de progression logique, essayer, déduire, avancer, et décider par elle-même du stade où elle doit s'arrêter. 
Et dire qu'hier j'étais déçue !!!!

J'ai encore mieux compris comment ma fille fonctionne. Et je sais à présent pourquoi la première fois que je lui ai proposé une activité de mise en paire elle a mis la peluche vache sur l'image vache, m'a regardé avec un air blasé et est partie. Je sais pourquoi elle ne me laisse jamais montrer avant mais toujours après. Je sais pourquoi mes plateaux pourrissent pendant un temps fou sur des étagère avant que soudain elle les reprenne et les fassent au poil.

Pourquoi je vous raconte tout ça ? Parce que je lis (trop) souvent. "Mon fils ne fait pas ça", "ma fille n'y arrive pas, "je suis déçue ça ne marche pas", "mes essais sont des échecs", "il/elle ne fait jamais ce qu'il faut". Ou plutôt "on" : "on y arrive pas". Comme si la méthode Montessori était une perfection que vous et votre enfant n'arrivez pas à atteindre.
Ne faites pas la même erreur que moi. La base, c'est pas la méthode, c'est votre enfant. 
Ne vous focalisez pas sur ce qui n'arrive pas mais sur ce qui arrive. 
Il n'y a pas d"échec, il n'y a que des étapes. 

Pour Minimog, il s'est passé exactement la même chose lors des deux séances d’activé. Elle a suivi strictement le même cheminement, fait les mêmes gestes, presque dans le même ordre. Ce qui a changé l'échec en réussite, ce n'est pas elle. C'est moi. C'est mon regard, mon comportement, mes attentes. 

Ma chérie, ma puce, mon trésor, tu es merveilleuse. Tu passes ton temps à déglinguer tous les chemins que je trace pour toi, et tu as raison. 
Je suis fière de toi mon ange. Fière que tu suives ta propre voie, ton propre cheminement. Fière de ce que j'observe quand je lâche ta main pour te laisser aller à ta guise. 
Je crois t'apprendre la vie et c'est toi qui me fait la leçon : il n'y de bon chemin que celui que l'on se choisit.  

Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise façon, il n'y a que le chemin que prend votre enfant, qui n'appartient qu'à lui. 



PS : depuis cette scène, la pipette a été réutilisée pour soigner bébé qui était malade (puis Minimog et maman, tant qu'à faire) et depuis, elle est réutilisée presque tous les jours pour soigner un membre de la famille et ce faisant, Minimog commence à acquérir la capacité d' "ouvrir" et de "fermer" sa pipette. Et je ne serais pas surprise que quand elle s'estimera à même de pouvoir le faire correctement, elle me réclame à nouveau l'activité avec l'eau. ;-)

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