Décidément, j'ai bien fait de garder l'anonymat sur ce blog pour être libre de partager sur des sujets sensibles et normalement, plutôt intimes.
Donc dans la série, "J'ai testé pour vous" : après la dépression post partum, je m'attaque au burn out parental.
La vie desfois c'est bizarre, tu es censée passer un week-end en famille et puis le matin dudit week-end, tu te retrouves à la porte de chez toi avec tes marmots sans trop savoir ce que tu vas faire dans la minute et quand tu trouves un refuge pour le week-end, tu te rends compte que t'as pas envie de rentrer. Du tout. Jamais.
Mais tu rentres et le lendemain tu vas au boulot. Tu vas voir ta cheffe pour lui demander si tu peux prendre un petit jour de repos en fin de semaine et puis tu pleures, et tu reviens à ton poste et tu pleures, et à un moment tu te rends compte que ça fait 20 minutes que tu fixes l'écran sans rien faire d'autres que pleurer alors tu te lèves et tu t'en vas encore. Deux jours, au vert, chez papa et maman. Comme ça, pouf.
Et puis tu reviens et quand tu reviens tu te rends compte que t'as qu'une envie c'est partir, alors tu vas te promener et puis tu reviens.
Mais tu te rends compte que tu peux plus quand même alors tu vas dans ta chambre et au bout d'un moment tu te rends compte que ça fait plus ou moins une heure que tu es prostrée sur ton lit à regarder le mur en face, jusqu'à en connaître le moindre morceau de relief, et que tout ce qui sort du fait d'être en train de fixer ce mur t'est juste impossible. Et puis ta fille entre dans la chambre, te prends dans ses bras et là....
Là tu la regardes en lui disant "Ma chérie.... je voudrais que tu sortes". "Mais maman....", "NON ! J'ai.besoin.que tu sortes".
Alors au début, comme tu es de nature positive quand même, tu t'es dit, après quelques jours de repos : "Youpi, je fais un burnout". C'est vrai, c'est une bonne nouvelle, parce que ça va te permettre de reprendre ta vie en main, d'oser demander de l'aide, d'aller enfin voir la psy, de te reposer, de passer des jours sans tes enfants (les premiers en 4 ans! Vous avez dit paradis ?) à vider ta to-do list et puis ton homme va ouvrir les yeux.
Et au bout d'une semaine de chutes et rechutes, de dialogues de sourds avec ton conjoint, de nuits hachées, de ton incapacité à faire une sieste, de ta fu****g to-do list qui ne diminue pas mais qui s'allonge ("mais pourquoi j'ai voulu ouvrir ma boite mail pour écrire à cette copine, bon sang!"), des crises d'angoisse qui viennent s'ajouter au reste (et devant les enfants en plus ! C'est tellement bon pour eux de voir leur mère avec les yeux hagards, plantée au milieu de la pièce sans pouvoir dire un mot et respirer comme un goret qui s'étouffe), tu commences à te rendre compte que ta semaine d'arrêt c'est pas une semaine pepère et que le burnout, c'est pas une bonne nouvelle du tout.
Déjà parce que ça ne règle pas tous tes problèmes d'un coup. Des problèmes dont d'ailleurs, pour un bon paquet, tu as conscience depuis longtemps, mais ça ne t'en apporte pas plus la solution.
Ensuite parce qu'avant de vouloir régler les soucis, il faudrait déjà que ta tête arrête de tourner et que tu reprennes pied, ce qui semble un long chemin semé d'embûche parce que...
.. Et bien ton quotidien, lui, il continue de tourner et que t'as pas forcément la force d'en sortir pour oser faire tout ce que t'as pas demandé avant (de l'aide, du temps pour toi, un séjour dans un monastère au fin fond de la cambrousse) : c'est juste qu'avant tu culpabilisais à l'idée de le faire et maintenant tu culpabilise à l'idée de ne pas oser le faire.
Parce que ça ne répond pas à toutes ces questions, ces doutes que tu accumules depuis que, pour sortir grandie à l'intérieur, tu remets en question presque tout ce qui a fait ou fait ta vie, ton environnement, ta société ou ta culture d'appartenance, sans pour autant toujours savoir comment faire autrement, ni finalement pouvoir trouver ta juste place dans ce monde.
Parce que malgré tout ça, ton conjoint n'a pas plus compris dans quel état tu te trouvais...
Et parce que d'en arriver à ne plus vouloir allaiter, ni dormir avec tes enfants, ni même être avec eux, et ne rien ressentir quand ta fille te prends dans ses bras c'est juste horrible.
Non vraiment, le burnout, c'est assez nul. Je vous le déconseille instamment.
0/10
Comme par hasaaaaaard, ma chère Charlie me dégote une émission made in France Inter, sur le sujet, que vous pouvez écouter ici :
Qui, de façon lapidaire et entrecoupée vient quand même dire des trucs assez intéressants.
Pourquoi je viens ici vous dire ça ?
Parce que, d'une part, ça n'arrive pas qu'aux autres ni à ceux qui sont dans des situations dramatiques.
Voyez donc :
- j'ai un job à temps partiel (fonctionnaire à 60%, c'est vous dit si j'entre dans la catégorie des gens qui ne s'épuisent pas à la tâche, hein?)
- un mari -de temps en temps- à la maison (physiquement du moins)
- une super nounou
- "seulement" deux enfants
- et contrairement à ce qui est indiqué dans l'émission, même si je suis partisane de la bienveillance éducative, ça fait bien longtemps que je prône l'idée que ce n'est pas une fin en soi mais un chemin que l'on doit suivre à son rythme
- et ça fait un paquet de mois que j'ai conscience qu'il me faudrait retrouver du temps pour moi et accorder plus de place (une place tout court?) à ma vie de femme entre ma vie d'épouse, de mère et de travailleuse.
- et ça fait quelques temps maintenant que je prétends avoir lâcher prise pour vivre ma vie et inviter mes enfants dans cette vie, sans plus vouloir vivre pour eux.
- il y a bien longtemps que je sais que je ne suis pas superwoman (moi mon problème c'est plus de penser que je suis superlooseuse... Voyez? Oui, certaines d'entre vous voient très bien...)
Et pourtant j'en suis là.
Parce que quand tu vas mal, tu assistes à un phénomène déroutant : les gens t'appellent d'abord pour prendre de tes nouvelles parce que "ils ont appris que...". C'est touchant, c'est sincère à n'en pas douter et puis au moment où tu entends "tu sais je te comprends, moi aussi....", ça bascule et soudain, c'est toi qui te retrouve à écouter les autres te parler de leurs déboires de vie.
En fait, comme tu as officiellement craqué, à toi on peut dire les choses. Le tabou tombe.
Je me suis alors rendue compte que j'étais cernée par des gens qui pataugent dans le malêtre. Des burnout en puissance. Ou des futurs cancers. Tiens je viens de trouver un avantage au burnout, ça va m'obliger à vider les tuyaux avant d’écoper d'un cancer venu "d'on ne sait où" quand j'aurais 60 ans. (Et puis aussi, maintenant je sais pourquoi ça fait des mois que tous les jours j'use d'une violence psychologique et/ou physique -que pourtant je rejette- sur ma fille, sans savoir d'où ça vient et sans pouvoir m'en empêcher, comme si j'étais schizo).
Allez 2/10.
Bref, un test peu concluant qui m'invite à vous dire :
"Sérieusement : par pitié, n'attendez pas d'en arriver là."
Pour reprendre une formule bien connue "parents épanouis, enfants épanouis".
On le répète mais on oublie souvent de l'appliquer : le premier pas vers la bienveillance éducative, c'est d'être bienveillant avec soi-même.