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mardi 15 novembre 2016

Et si j'avais dit "Arrêtes ! sinon"...‏

oublié initialement le 20/10/14

J'aimerais partager avec vous une anecdote qui m'est arrivée hier avec Minimog tant je la trouve pleine de sens.



En ce moment nous rencontrons un petit souci avec Minimog : "Putain", voilà bien un mot qui fait partie de mon vocabulaire quotidien, ainsi que celui de mon époux. Je n'en suis par fière évidemment, mais c'est tellement habituel que je n'y prêtais plus vraiment attention... Jusqu'au jour où je l'ai entendu de la bouche de ma fille.
Aïe ! Une gamine de 2 ans tout pile qui vous dit "putain", ça fait saigner des oreilles.
Branle-bas de combat, réunion parentale au sommet : "Chéri, faut vraiment qu'on surveille notre langage !". On explique à Minimog que c'est un "gros mot" (note pour plus tard - trouver une formule plus explicite), que c'est pas respectueux et que papa et maman vont essayer de ne plus le dire non plus. Mission : sortir ce mot du vocabulaire familial, tous ensemble.


Et puis hier, pendant une tétée, Minimog presse sur mon sein et me dit : "Putain le lait y va venir.". Gros z'yeux de maman "ah non ! on ne peux pas dire ça !". Et la ma fille me dit "putain putain putain putain". Mon sang n'a fait qu'un tour, j'ai dégondé.
"Maintenant ça suffit ! On ne dit pas ça ! C'est pas bien ! Je suis en colère etc.". Et là Minimog fond en larmes.


Dire putain, c'est mal. C'est une habitude à ne pas laisser prendre à ma fille, on est tous d'accord là dessus.
Sans avoir été sensibilisée à l'éducation bienveillante, j'aurais sûrement dit quelque chose du genre "Arrêtes ! sinon...", voire frapper.

A la place, je me suis attelée à calmer Minimog. Je la prend dans mes bras sans rien dire, elle se love contre moi et bien sûr : tétée. Une fois calmée elle me dit :
"je pleure"
"Tu pleures oui. Parce que maman a crié ?"
"Hmm"
" Tu as eu peur ?"
"Hmm"
" Tu es triste ?"
"ouiiii"
"D'accord, maman a crié, ça t'a rendu triste et tu as eu un peu peur".
sanglots --> tétée / câlin
"Est-ce que tu sais pourquoi maman a crié ?"
pas de réponse.
"J'ai crié parce que je n'aime pas que tu dises ce mot. Que tu dises "putain". On ne doit pas dire ça et comme tu n'arrêtais pas, ça m'a mise en colère, alors j'ai crié".
Et là, elle me dit avec un air penaud : "Désolée".


C'était la première fois que ma fille me disait ça. A dire vrai, je ne la savais même pas capable d'appréhender le concept de l'excuse.
Une partie du monde s'est un peu écroulée sous mes pieds, je dois dire.
J'ai dit que j'étais contente qu'elle s'excuse, que c'était gentil. Mais quelque chose n'allait pas au fond de moi. Je me sentais... "coupable" ou plutôt gênée qu'elle soit désolée...
A bien y réfléchir, à quel degré était-ce de sa faute ? Etait-il juste que je me sente redevable d'excuses venant de ma fille de 2 ans - en pleine phase d'imitation - pour un mot que j’emploie tous les jours ? 

Je ne voulais pas lui dire "ne t'excuse pas" parce que je ne voulais pas lui donner un sentiment "d'impunité" face à l'emploi de ce mot. Mais, était-il juste qu'elle soit la seule à s'excuser ? Non, à mes yeux, non.
Alors je lui ai dit :
" Je m'excuse aussi ma chérie. Papa et moi on dit ce mot souvent, et c'est à cause de nous que tu l'as appris. Alors moi aussi je suis désolée. Papa et moi on va faire des efforts avec toi pour ne plus dire ce mot, promis."
Elle a encore chouiné, s'est remise à téter et, prise d'une intuition, je lui ai dit :
"Tu sais, Maman t'aime tout le temps. Je t'aime même quand je suis en colère et que je crie. Tu le sais ça ? Maman t'aimera toujours ma chérie".
Elle a fini sa tétée.
"Je lui ai dit, tu veux faire un câlin ?", elle a hoché la tête, a serré mon cou dans ses bras et m'a dit :
" Je t'aime tout fort moman".


Non, je n'ai pas puni ma fille,
Non, je n'ai pas mis à fin à son innommable caprice,
Non, je n'ai pas affirmé mon autorité,
J'ai même fait pire, j'ai révélé mes faiblesses à mon enfant,
Je me suis même excusée à son encontre.
J'ai cherché à la rassurer et pas à la culpabiliser,
J'ai respecté ses sentiments, j'ai essayé du moins,
je me suis mise à son niveau, j'en ai fait mon égale.

Et j'ai vécu un grand, un beau moment d'amour partagé.

Que serait-il arrivé, à côté de quoi serais-je passée, si j'avais plutôt dit "Arrêtes ! sinon..."

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