Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

vendredi 17 avril 2015

La bienveillance ne s'arrête pas à la jeunesse


« Il y avait du temps de grand-maman
Des fleurs qui poussaient dans son jardin
Le temps a passé, seules restent les pensées
Et dans tes mains il ne reste plus rien

Il y avait du temps de grand-maman
Du silence à écouter
Des branches sur les arbres, des feuilles sur les branches
Des oiseaux sur les feuilles et qui chantaient

Le bulldozer a tué grand-maman
Et changé ses fleurs en marteaux-piqueurs
Les oiseaux pour chanter ne trouvent que des chantiers
Est-ce pour cela que l'on te pleure?

Qui a tué grand-maman, est-ce le temps
Ou les hommes qui n'ont plus l' temps
D' passer le temps? »

Qui a tué Grand-maman ?, Michel Polnareff 

Il y a quelques mois, j'ai assisté à une conférence de Sabine Devlieger sur la bienveillance en famille. 
Et hop, parenthèse ! Bam ! D'entrée de jeu, pour vous parler de cette charmante personne qui transpire la bienveillance et de son antenne du World Kindness Movement à Avignon, à découvrir ici. 
Donc elle démarre sur la grossesse, l'accouchement, le bébé, le bambin, etc., jusqu'à l’adolescent, jusque là, rien de nouveau. Sauf qu'elle a continué après pour parler du rapport aux personnes âgées.
Et là, elle a abordé une idée pas bête du tout : c'est que la bienveillance en famille ne s'arrête pas aux enfants. Ça paraît logique dit comme cela, mais moi, je n'y avais jamais vraiment pensé en ce sens. Et pourtant, c'est très juste.

Alors, je n'y avais jamais vraiment pensé mais pour autant, je l'applique depuis longtemps. Et c'est de ça que j'aimerais vous parler aujourd'hui. Alors je sais, vous ne venez pas pour ça, vous voulez qu'on vous parle de Reggio, de Montessori et consors mais ne cherchez pas, je suis dans un autre délire en ce moment. Moi j'aimerais vous parler de nos rapports familiaux. Et ici, de ceux que l'on entretient avec nos aînés.


J'ai la chance d'avoir encore 3 arrières-grands-parents qui ont tous 80 ans largement passés. Et j'ai à cœur depuis le début de nourrir les liens qui les unissent à ma fille.
Mes grands-parents sont des personnes précieuses pour moi. Je leur dois beaucoup, il m'ont beaucoup donné. Aujourd'hui, j'ai compris que la meilleure façon de leur rendre tout cela, c'était de les visiter régulièrement avec ma fille. C'est familial, des deux côtés, nous prenons grand soin de nos « p'tits vieux ».
Parce que, contrairement à ce que j'aurais pensé, l’intérêt, l'amour même, que l'on porte à sa descendance ne s'affadit pas avec les générations. Mes grands-mères (et mon grand-père) sont comblées de bonheur d'être entourées de leurs arrières-petits-enfants dont les bouilles tapissent leurs murs et dont elles parlent toujours avec tant de joie. Chaque nouvelle naissance est pour elles une bénédiction.
Il suffit qu'elles posent le regard sur ma crevette ou ses cousins et tout s'illumine, c'est visible.
Un des derniers grands bonheurs de mon arrière grand-mère fut de tenir dans ses bras sa première arrière-arrière-petite-fille avant de mourir, à l'âge de 100 ans.
Et ça oui, c'est de la bienveillance.

Lors de ces visites il se construit des souvenirs, se transmet un héritage. 
Je me rappelle de ma grand-mère, penchée sur mon tout premier neveu alors âgé de quelques mois, qui pleurait sans s'arrêter au désespoir de ma cousine, et qui s'est stoppé net quand son aïlleule s'est mise à entonner une ancienne berceuse en patois limousin. Le regard du bébé, fasciné, la voix de ma grand-mère avec sa façon de chanter, à « l'ancienne », cette chanson que nous connaissons tous sans rien y comprendre, en fait, nous étions tous captivés : un magnifique tableau plein d'amour qui transcendait 4 générations.
Les vieilles comptines, les jeux de mains...
Et quel bonheur pour moi de voir ma fille jouer avec les petites boîtes de ma grand-mère paternelle, les mêmes qui m'ont fasciné durant toute mon enfance. Qu'il est touchant de voir ma fille s'échiner à maîtriser les pédales du tricyclique de mon autre grand-mère, qui a fait le bonheur de mes étés d'enfant. Ce parfum d'éternité qui te rappelle que malgré les générations, les gosses jouent tous avec les mêmes choses, toutes simples. Et retrouver le goût de ces petits bonheurs à travers nos enfants, ça oui, c'est de la bienveillance.

Et justement : si ça c'est pas Reggio/Montessori à mort, hein ??? ^_^


Je repense aussi à un élément du film « Etre et devenir » qui m'a marqué : c'est l'importance que certains parents accordaient au fait que les enfants fréquentent des personnes de tous âges. Ça m'a marqué parce que, forcément, je me suis reconnue dedans et que je me suis dit que j'avais bien raison de remplacer des séances collages sensoriels par des visites à mes mamies.
Et quand on y pense, les gens s'inquiètent de savoir si un enfant qui ne va pas à l'école sera sociabilisé. Mais ma fille se sociabilise depuis sa naissance ! Avec plein de gens ! Quelle sociabilisation apporte l'école ? Celle d'une transmission unilatérale avec le maître et l'inclusion (forcée) dans un groupe factice constitué uniquement d'enfants du même âge. Mais où, à part à l'école, vous ne trouverez de groupes constitués sur ce seul critère ?
Ma fille tisse des liens avec des personnes de tous âges et elle les accepte en tant que tels, sans discrimination. L'échange qui se créé alors avec l'aîné est bilatéral et ouvert.

Lors de ma dernière visite, ma fille s'est plantée devant son arrière-grand-père, reconnu Alzheimer, de 87 ans pour lui dire : « Grand-papa, on joue au foot ? ». Et mon grand-père s'est levé et il a joué au foot avec ma fille. 5 minutes et sans franchement bouger mais peu importe. Elle s'en fout, elle, de l'âge ou des handicaps, elle ne voit que des personnes. Et ce faisant, elle leur donne de la dignité.
Les enfants font un bien fou aux personnes âgées parce qu'ils ne jugent pas, et ne se posent pas tant de barrières que nous.
Je laisse ma fille construire elle-même son rapport à ses aïlleux sans l'abreuver de : « Bon, on va voir les vioques. Pas longtemps hein ? Parce qu'ils sont tellement chiants ! ».
Il ne s'agit pas non plus de la déférence hiérarchique et distante que l'on devait aux patriarches dans le temps. Non, il s'agit de relation sincère, de respect, d'humanité.
Et ça oui, c'est de la bienveillance.


Je me rappelle de mon arrière-grand-mère à moi. Une femme au caractère affirmé (doux euphémisme...), guère portée sur la fibre maternelle et à la mentalité assez particulière, qui nous accueillait avec des « Qu'est-ce que c'est que cette tenue de traînée ? » «A., tu laisses ton fils se coiffer comme un nègre !? » en lieu et place du « Bonjour » attendu. Malgré tout, ma mère tenait toujours à se que l'on se coltine la visite de la grand-mère à chaque venue en Alsace. Bon nous squattions sa maison alors ça me paraissait de la politesse élémentaire, mais le cœur n'y était pas franchement.
Pourtant un jour, elle a dit à ma mère qu'elle ne se sentait plus en phase avec le monde dans lequel elle vivait. Et je crois que c'était le cas. Elle a fini en maison de retraite dans sa petite bulle, mais malgré ses maladresses, je crois qu'au fond elle nous aimait. Peut-être pas les ados que nous étions et qui la déroutaient, mais au moins les enfants que nous avions été. Mais le fossé générationnel se creusait sans que l'on puisse le reboucher.
Je n'ai pas (encore ?) ce problème avec mes grands-mères, justement car elles sont toujours très inclues dans nos vies de famille. L'une d'elles me disait que parfois, elles se sent déroutée par nos choix « modernes » mais qu'elle essaye de comprendre. Le rapport avec la jeunesse familiale est un point d'ancrage important pour les personnes âgées et en essayant de nous comprendre, ma grand-mère comprend mieux le monde dans lequel elle vit.
Et ça oui, c'est de la bienveillance.

Dans de nombreuses cultures, les ancêtres sont des personnes respectées et choyées, qui sont accompagnées jusqu'à leur dernier souffle.
Dans nos sociétés « modernes » elles sont des rebuts, déphasés, inutiles, que l'on laisse à la traîne du rythme frénétique de nos vies et que l'on parque parfois dans des maison de retraite pour les y oublier. On nous a gentillement collé une fête des grands-mères à l’initiative du café du même nom, mais la reconnaissance, c'est plus qu'un bouquet de fleur dans l'année.
Et si ce n'était pas plutôt à nous et dans notre intérêt de ralentir notre pas et tendre la main à ces gens qu'on laisse derrière nous, pour les accompagner, faire un bout de chemin ensemble ?
Je sais que certains n'ont pas de bonnes relations avec leurs aînés (à commencer par mon homme dont la seule grand-mère en vie est une fieffée co****se)  et d'autres les ont perdu prématurément. Mais si vous avez la chance d'avoir des parents, des grands-parents qui vous ont porté dans votre vie, chérissez le lien qui vous unit comme un trésor, sachez profiter de cette chance, sachez élargir votre don de bienveillance à tous ceux qui en ont besoin. Et laissez vos enfants profiter des trésors de générosité et de savoirs que les p'tits vieux sont encore capables de donner. 


1 commentaire:

  1. Superbe post. Non je (on?) ne viens pas sur ce blog pour avoir du Reggio, Montessori etc. J'aime justement sa tournure très personnelle qui échappe aux thèmes viraux des blogs accés éducation. On est saturé de théorie, mode d'emploi, de "comment apprendre à votre enfant à faire ci ou ça" et ça fait un bien fou ces vraies réflexions qui personnellement me renvoient à ce que j'ai eu de meilleur dans mon enfance (être en plein air sans recevoir de directives, fréquenter ses grands parents etc). Alors merci de nous rappeler les vrais bonheurs de l'enfance, ses vraies valeurs.
    Chloé

    RépondreSupprimer